samedi 10 décembre 2011

In memoriam - mon hommage à Mona Di Orio

Mona photographiée par son frère pour le parfum Amyitis

J'ai rencontré Mona en juin 2007 à Nice, à la Part des Anges.

Sa marque était déjà sur le marché et je ne connaissais d'elle que certains articles de magazine et publications sur internet.

Je me souviens de son allure ce jour là, petit tablier et bottes en caoutchouc.

Elle m'invita chez elle dans le vieux Nice, me parla de son parcours atypique, de sa relation sensuelle avec le parfum, de son art avec son « Maître » Edmond Roudnitska qui lui enseigna le plus précieux des savoirs : suivre son instinct.

Elle me présenta ces 3 premiers parfums : Lux, Carnation et Nuit Noire.

Et là, l'inattendu.
J'ai oublié l'espace d'un instant tout ce que j'avais appris en parfumerie. Ses parfums étaient...différents. Familiers et inédits à la fois, d’un autre temps, sans aucun équivalent.
Elle m’a ensuite montré les articles sur ses parfums dans les magazines. Comme une enfant enthousiaste, sa joie était effervescente et communicative.
En partant, sourire aux lèvres, je venais de vivre ce qu'on appelle une "belle rencontre".
Après d'autres rendez-vous autour d'un café, je lui demande en décembre si elle veut bien m'aider à préparer le concours du jeune parfumeur de la SFP. Elle est flattée de cette demande et accepte humblement de me donner quelques "tuyaux".
Je faisais les allers-retours entre Grasse et Nice pour lui montrer l'évolution du parfum.
Nos rendez-vous se sont faits de plus en plus nombreux et suivis.
Je compris vite que Mona vivait sa parfumerie et que c’était cette parfumerie là qui me faisait vibrer aussi.

Artiste de grand talent. Une Femme admirable, fascinante et tellement attachante.

A l'époque j'étais loin de me douter que nous allions vivre une belle amitié, sincère, inestimable et passionnée.

Je vivais par ses yeux l’évolution de sa marque, son accueil auprès des boutiques, des clients, de la presse.
Elle repensait sa gamme, créait 3 bougies et imaginait déja les Nombres d'Or.

Cette belle aventure audacieuse et osée.
Une femme parfumeur talentueuse, charismatique et indépendante ça fait jazzer dans le petit monde de la parfumerie.
Les critiques, elle s’en moque.
Les jaloux ? Elle les mange.

J’ai énormément appris avec elle; sa vision du parfum en tant qu’Artiste et non pas en tant que technicienne.
Elle domptait toutes les matières premières (les naturelles étaient bien évidemment ses préférées). Elle savait les comprendre, les exalter, les habiller, les suspendre entre deux synthétiques. Des absolus en overdose, des résines, des concrètes savamment dosées, des essences rares et des simples molécules de synthèse, Mona leur donnait un nouveau sens.
Ces parfums parlaient pour elle; ils parlaient d’elle.
Il y’avait en chacun d’eux la « patte » Mona ; sa signature.
Pas de chichis,  « pas de redondance me disait-elle, allons à l’essentiel ».
Des formules "à l'ancienne", courtes et sobres, qu’elle travaillait indéfiniment en griffonnant son cahier jusqu'à obtenir l’accord final qui serait son ultime essai.
Celui qui s’imposerait naturellement et qui épouserait la peau.
L’essence de Vétiver Bourbon est, de loin, sa matière fétiche. Sa signature en quelque sorte. Il n’y a pas une seule de ses créations qui n’en contiennent (même en trace).
« Avec Les Nombres d’Or-Vétyver, je vais me régaler, me faire plaisir ! » me dit-elle lors de la conception du jus. Du vétiver Bourbon, du vétiverol, du cashmeran, quelques bois secs, une exquise qualité de gingembre et une pointe de * qui change tout…
La QUA-LI-TÉ c’est toute la différence. Pas de compromis, pas de limite de budget, pas de substitut bon marché. Un seul objectif : un parfum beau avec une âme belle.
Mona ne transigeait pas.
Nous parlions le même langage. Nos rendez-vous, le jeudi dans le Vieux Nice, étaient «hors du monde », magiques, en apesanteur pour notre seul maitre : le PARFUM.
Elle était enthousiaste et curieuse de sentir mes essais me disant que la maturité en parfumerie se travaille pendant 10 ans et que l’on continue d’apprendre, chaque jour. (Je lui ai souvent fait sentir des horreurs qu’elle trouvait… « oh, c’est… intéressant, original... »). 
Pendant ces 4 dernières années, elle me faisait découvrir ses créations et attendait un peu inquiète ma réaction, mes commentaires. Je le lisais dans ses yeux.  A tour de rôle élève et professeur, complices, nous échangions nos idées sur les nouvelles matières premières, les parfums du marché, la niche, les uns, les autres…
Je suis infiniment flatté et honoré de sa confiance, de nos échanges.
Je les garderai à jamais, faisant partie de moi.
Elle était mon repère, ma valeur sûre, ma référence.
Hier, son souffle s'est envolé.

Je me sens orphelin.
Elle était ma grande amie Mona.

Toutes mes pensées vont vers ses parents, son frère, ses proches, son associé, ses amis et tous ceux qui ont croisé son chemin et qui sont tombés sous son charme.

Nota:
Aux parents et à la famille de Mona.
Suite à votre demande lors de notre rencontre hier à Zorgvlied vous pouvez bien évidemment diffuser ce memoriam.
Il est à vous.

Avec toute mon affection.
Alexandre
(Hambourg, le 17 décembre)

lundi 7 novembre 2011

A suivre...

Mon Parfum Chérie - Annick Goutal
Apom Homme - Maison Francis Kurkdjian
Stella Rose Absolute - Stella McCartney
Survol sur certains parfums Lutens, Costume National, l´Artisan Parfumeur, Hermessence...

Et ceux dont on ne parle presque jamais, ceux qui dorment sur les liners des parfumeries ( Bvlgari Man, The Dreamer Versace, Santos de Cartier, Dolce Vita...)

dimanche 9 octobre 2011

Les autres nouveautés 2011

Chanel N°19 Poudré
Chanel continue sa saga des flankers (pas souvent utiles > "Cristalle Eau verte" qui a un peu de mal à trouver son public).
Pour cette nouvelle écriture sur le thème de l' iris (matière ultra chère de la palette du parfumeur), Chanel plonge la structure de son classique N°19 dans un flot de muscs censé assurer la tenue du parfum.
On retrouve l'accord boisé-cédré-vétiver de l'ainé mais cette fois d'autres notes boisées viennent s'y greffer (Cashmeran, par exemple).

La star du parfum reste bel et bien un beurre + absolu d'iris exclusif à Chanel.
Vert, poudré, délicat et aromatique en même temps cette nouvelle eau de parfum (vraisemblablement destinée aux marchés asiatiques) se rapproche (et je ne suis pas le seul à le dire) du très asceptisé et tout aussi musqué "Infusion d'Iris" de Prada; la "Chanel touch" en plus.
Joli parfum richement monté, sobre, class et discret.
Antaeus version sport en 2012?


Aura - Swarovski
Après les bijoux il fallait un nouvel accessoire beauté à la marque autrichienne.
C'est chose faite en ce nouveau parfum détonnant et texturé.
Un départ de rose glacée, féroce et metallique-oxydée d´une molécule présente naturellement dans l'essence de Géranium.
Le ton est donné.
On ose! Et chez Clarins, détenteur de la licence parfums-beauté on vise un univers oflactif dans la lignée des Mugler .
La structure s'approche de "Coco Mademoiselle" (avec ses notes fruitées-pêche-osmanthus-thé) sur une base du duo à succès Patchouly-Vétiver.
Joli parfum complexe et dense, d'apparence classique mais étonnant en terme de tenue, de volume et de personnalité.
Sans doute assez difficile à apprivoiser.


Prada- Candy
Variation sur le même thème entre la parfumeur attitrée et la maison de couture. (*voir post sur "Amber Homme Intense").
Je suis une "Eau Ambrée" (toujours Prada) infusée dans du papier d'Arménie sucré d'un soupçon de caramel salé (plus alimentaire que synthétique). Surprenant, intéressant, pas si collant que prévu mais un sillage un peu trop musqué qui plombe les notes de tête.
Très joli flacon; la pub télé est un brin crispante.



Untitled L'eau - Maison Martin Margiela
Une belle et inédite façon de voir la vie en ...vert.
L'accord originel de l'EDP est aéré et rafraichi d'un cocktail exquis de citrus pétillants.
Les effluves verts de Galbanum et Lentisque sont tempérés par les muscs (les mêmes que ceux présents dans les Prada).
Le tout est une eau légère, "uncomplicated" qui mérite un détour.
Pour celles et ceux qui aiment la verdure et pas seulement dans les assiettes.
Un petit air "d'Amazone" d'Hermès (ce qui le rend encore plus irrésistibe).
Indispensable pour s'aérér les idées, été comme hiver.

samedi 24 septembre 2011

Héritage de Guerlain - 20 ans demain


Nous sommes en Septembre 1992.
Guerlain s'apprete à lancer son nouveau masculin depuis "Derby" en 1985.
Le monde de la parfumerie attend avec impatience ce nouveau "jus".
A l' époque,* chaque lancement est un évènement qu'on prépare dans le plus grand secret.
Quelques infos ont toutefois été révélées; ce nouveau parfum s'appellera "Héritage".

En 1992, la parfumerie française était encore "vierge" des réglementations sur les molécules naturelles et synthétiques qui la compose.
On est pourtant à l'aube de la nouvelle génération de la parfumerie moderne avec l'arrivée 2 ans plus tard du tsunami "CkOne".
Chez Guerlain, on ne se souci pas (encore) des tests consommateurs; on se doit de satisfaire une clientèle fidèle et habituée à la patte Guerlain, la fameuse Guerlinade.

Un masculin Guerlain donc.
"Héritage" est au patchouly ce que "Samsara" est au bois de santal.

"Héritage" le bien nommé.
Il porte en lui tout ce qu'on a pu espérer aimer chez un masculin Guerlain: la fraicheur des aromates en tête(cyprès, poivre, coriandre)-comme dans "Vétiver", la fusante lavande de "Jicky", les notes boisées chaleureuses et chic sur un final en baumes, mousses et autres délicatesses animalisées (comme dans le moelleux ambré "Habit Rouge").

"Heritage" est un vrai parfum viril d'homme mature qui survole les clichés machos des "Jules", "Kouros" ou "Antaeus" et qui s'approprie les facettes de l'essence de Patchouly pour les dompter à la mode Guerlinade en évitant son aspect bobo ou junky.
"Héritage" est disponible en Edt et Edp (ces parfums ont été reformulés récemment, merci qui?)


*Je ne suis pas tant accroché aux références du passé.
Cependant, elles ont contribué à me faire aimer l'univers des vrais parfums de prestige (Chanel, Caron, Patou, Lancôme, Hermès, Guerlain et tant d'autres).
Je viens de ressentir un flacon de ce fameux "Héritage", un exemplaire parfaitement conservé des années 92-95 et à ma grande surprise j'ai fait un bond de 20 ans en arrière.
Je me revois en train d'acheter ce même flacon lors de son lancement (vide maintenant) et à sniffer chacune des ses notes avec passion et attention.

Le temps a passé et c´est avec grand plaisir que je porterai de nouveau ce parfum de trentenaire.
On dit souvent avec nostalgie "à l'époque..."
Hé bien oui, c'est bien cette "époque" qui a gravé nos meilleurs souvenirs et que nous puisons aujourd'hui comme référents.

Demain, nos futures grand-mères auront pour patrimoine olfactif les soupes actuelles (Trésor Midnight Rose, les Britneys Spears, les récents Lanvin ou encore les saisoniers Escada; c'est choses là qu'on appelle "parfum" tout simplement parce qu'ils sentent "bon" (c'est bien relatif)...

Je ne suis pas si vieux et j'ai heureusement eu la chance de connaitre l´époque où les parfumeries étaient de vraies cavernes d'Ali baba avec ce qu'on appellerait maintenant des "vintages"..
On a à présent des "Lidl" du luxe où le challenge est de remplir son panier avec au moins 3 articles (pour atteindre le chiffre du jour...)

En somme, la parfumerie suit 2 chemins opposés: la niche et la masse de luxe.

A cogiter...

Qui se souvient de...?

Miracle Forever - Lancôme (2006) 
Un "fruitchouly" qui oscille entre "Angel" et "Pleasures Delight"; un flop annoncé. 
Parfum sans grand intérêt et pas vraiment utile.









Doblis d'Hermès (1954) 
Un vintage oublié chez Hermès depuis leur crise de "transparence" avec JCE. Un beau chypré cuir souple dans le style de "Dioressence" (en moins épicé et plus tanné). Réédité en édition limitée - flacon extrait 50 ml- en 2005.
Introuvable mais indispensable dans une collection.







Lumière de Rochas (2000)
Même nom mais flacon et parfum différents "Lumière" renaît des 80's dans un jus très (trop) moderne où les notes de fleurs blanches rosées et synthétiques annonceront bien plus tard le succès du savonneux "Chloé" (2007).

Miracle Homme Aquatonic - Lancome (2003)
Etonnate note verte de rhubarbe acidulée sur un corps aqueux anisé et boisé. Vivifiant et un peu trop polarisant.
Précurseur de la mode "Sport" avant le "revival" du genre par l'introduction de "Allure Homme Sport" en 2004.

Eau de Dolce Vita - Dior (1998)
La petite soeur aérienne et  lumineuse du très riche (ancienne formule) "Dolce Vita". Cette eau florale légère très propre à tendance fruité poire-pêche blanche n'est plus disponible; il serait de nouveau en vogue si Dior le relançait...




Jako de Lagerfeld (1998)
Un insolite parfum masculin au nom de perroquet et qui pourtant revisite un accord cuir blanc sur un corps boisé transparent et une touche fruitée inattendue de grenadine.
Attachant et confortable; une alternative diurne à "Bvlgari Black".





Ungaro II pour Homme (1992)
Ungaro rend hommage au mythique "Jicky" dans un accord cologne musquée à tonalité épicée et miellé sur un sillage poudré + civette (Guerlinade oblige); pas mal mais l'original possède cette magie qui fait sa légende.










Yohji Yamamoto (1996)
Orchestré par le génialissime Jean Kerléo chez Patou à l'époque où on mettait encore de la qualité et de l'audace dans les flacons. Le premier parfum du couturier japonais reprend l'accord frais de "CkOne" avec une overdose de note verte (Cyclogalbanate / Amyl Glycolate, molécules de synthèse à odeur de peau de banane verte ultra bright et tenace) posé sur un fond boisé-coumariné délicieux, avec une subtile touche fruité de framboise. J'adore!



 



Patou For Ever (1998)
Un flop chez Patou qui marque le début de la fin (retraite pour Kerléo, rachat de la maison par P&G...). Le parfum, sur une structure chyprée riche et animalisé, débute sur un duo rose-framboise assez "cocotte".
On a tous dans notre entourage une grand-mère, une tante ou une copine cougar un peu cocotte, pas vrai? For Ever rappelle un peu comme la structure de "Knowing

 en moins boisée.


Parfum d'Elle de Montana (1990)
Né dans la vague des floraux océaniques "Elle" marie notes florales vertes -un peu tige végétale- sur à un coeur salé intéressant et étonnement pas écoeurant. "Miss Dior Chérie" ne fait que réprendre ce schéma avec un soupçon de fraise des bois (aldéhyde C16).
La comparaison est flagrante!
Gucci Rush for Men (2000)
Là encore un prototype "niche" qui fait marcher les hommes en dehors des sentiers parsemés de fougères et autres bombes boisées-vertes-marines de l'époque. "Rush" est un belle signature boisée-encens-cédrée-musquée plutot sage en comparaison de sa soeur, la barbarella en vinyle rouge.



Tuscany Uomo d'Aramis (1985)
Une eau aromatique "à la papa" qui présente un accord fougère classique digne d'Azzaro pour Homme avec un ouverture anisée rafraichissante et tonique. Rappelle aussi "Tiffany pour Homme" (lui étant plus santalé et signé...Jacques Polge).


Le Feu d'Issey (1998)
Attention ovni dans les parfumeries!
"Le Feu" est bâti sur un accord "boisé lacté". D'après le brief marketing il évoquerait une casserole de lait chaud sur une marqueterie). Le résulat est inédit, osé où les épices se piquent d'un départ acidulé comme une confiture de bigarade. Pourrait se placer au coté de "Alien" ou encore de "Kenzo Jungle le Tigre" pour leur overdose de Cashmeran*.



Ferré by Ferré (1991)
Un très joli parfum un peu rétro dans un flacon grenade; il serait une transposition moderne des aldéhydes du "N°5" avec les ingrédients modernes des années 90. Un peu dans la lignée du "Dolce & Gabbana pour Femme." Très doux, assez cosmétique et poudré, il s´arrondit de benjoin et de muscs blancs à gogo.
Dernier descendant de la famille aldéhydée poudrée: "Chloé Love" (2010).





Ombre de la Nuit -Ungaro (1993)
Lancé en édition très limitée pour Noel 1993 dans un flacon colonne rouge orné d'une sculpture filiforme en bronze en EDP 100ml. Le parfum est un magnifique accord cuir très riche, fumé, violette épicée et animalisé qui penche entre "Cuir Mauresque" et "Knize Ten".
Une aura et un sillage incroyable!
Très "niche" pour l'époque, une référence d'avant-garde.

dimanche 4 septembre 2011

Le Parfum Bottega Venetta

Nouvelle marque positionnée luxe chez Coty, après le retour en parfumerie de Balenciaga.
On a donc le choix entre la "mass perfumery" avec Céline Dion, Gwen Stéfani et autre sommités du parfum et une approche "nouveau luxe" pour ceux qui veulent se la jouer signes extérieurs de richesse discrets mais assez visibles quand même.
("Mais non, je ne porte pas du Guess ou du Dolce & Gabbana, je porte du "Bottega Veneta, moi".)
Soit.
98% de vos interlocutuers n'oseront pas vous demander de repeter le nom.
Bodega quoi?
kézako?
Peu importe, ca fait "style".

Chez Bottega on fait de la maroquinerie principalement et aussi quelques habits.
Un Hermès transalpin, en quelque sorte.
Il fallait, logique oblige, un parfum qui sente le cuir ou qui s'en rapproche.
Enfin, une cohésion entre l'image et la réalité.

Le premier parfum de la marque a de quoi réjouir ou interloquer les curieux.
Un chypre?
Encore un? Un pseudo chypre à la "Dalhia Noir" ou un couillu dans le genre de "Femme"?
Et bien, un peu des 2 ma bonne dame.
Le nez en charge de la création chez Robertet a pioché dans la très belle palette de naturels à disposition des parfumeurs.
Son jus se réapproprie les codes classiques de l'accord chypre en les mariant aux nouvelles molécules et autres traitement sur les naturels. 

Le résultat est assez inattendu.

Pas de floraux anorexiques ou de sirops caloriques sur un corps patchouly.

L'ouverture du parfum annonce un foule de matières lourdes et épaisses qui assurent une évolution lente de la diffusion de la pyramide.
Bergamote, élémi, baie rose clairement indentifiables en top.
Le coeur floral revendique l'absolu Jasmin.
Ensuite la structure essentielle est posée sur une fraction épurée de Patchouly (sans doute un Patchouly coeur) assez riche et légèrement camphrée poivrée. Exit les relents terreux et cacao-sec-moisi de l'essence.

Peu à peu se dévoile un accord mousse de chêne naturel + evernyl soutenu par un riche cocktail de lactones aux tonalités pêche-prune qui accompagnent un effet daim naturel et velouté.
On devine dans la foule les silhouettes de Féminité du Bois, de Talisman de Balenciaga, Deci Dela, Vol de Nuit Evasion et autres petites délicatesses fruitées-cédrées.

Bottega se differencie des autres lancements 2011 par sa volonté de ne pas vouloir séduire à tout prix dès les premières secondes; il s'effeuille à son rythme, lentement et chaleureusement.
Je le trouve un peu sourd mais c'est là toute son originalité.
Bravo!

Lancement osé, parfum culotté! 
Enfin, du vrai renouveau.
Bientot sa version EDT?

Kokorico Jean Paul Gaultier


Le nouveau masculin Gaultier est arrivé !
Il fait l’effet d’une bombe !
A croire que seuls les lancements de nouveaux parfums de designers attisent un peu les attentes déjà blasées des parfumistas.

"Womanity" a crée le buzz, "Kokorico" va-t-il créer l’émeute ?
Une chose est sûre ; on n’aura pas droit à un flanker du "Mâle".

Gaultier ose l’audace du flacon, du nom.
Le cri d'un nouveau mâle, un coq ibérique et macho entouré de ses poulettes à plumes.
Clin d'oeil à la campagne "One Million" où le jeune kéké fait chavirer ses conquêtes d'un claquement de doigts?

Et le parfum, qu’en est-il ?  
On nous parle de figuier, de cacao brut et de bois nerveux. Humm, on salive.
On (re)pense alors à "Womanity" (>note figuier).
On tremble à l’idée d’un hommage appuyé à "One Million" (>bois nerveux).
Gaultier avait su créé le renouveau du genre masculin avec le "Mâle" en 1995 (qui s'est vite imposé dans le top 10 des meilleures ventes européennes de parfums masculins)
Pour ce coup là ; il suit la tendance et lance un jus très conventionnel.
Rien ne décevant au contraire mais rien de bien visionnaire non plus.
Un accord feuilles de figuier pour le départ ?
Soit.
Le marketing s’essouffle t-il ?
Les seuls vrais accords figuiers reconnaissables et réalistes sont ceux de "Ninféo Mio" chez Goutal puis Diptyque avec "Philosykos" pompé sur "Premier Figuier" de l’Artisan.
L’élément central est une belle qualité de Patchouly à la saveur boisée-foin et amère qui se marie à merveille avec l’accord cacao noir annoncé dans le speech marketing.
Ensuite les bois immatériels et ultra secs (Amberketal –Z11,  Karanal  et/ou autre captif) donnent volume et diffusion au parfum aussi bien sur peau que sur textile.
La caravane de gourmandises ambrées fait partie du cortège : ambroxan-vanille-baumes et tonka.
Ce "Kokorico" a quelque chose de déjà vu?
On n’ose penser à "A*Men" (un boisé-patchouly-vanillé-praliné-résineux) de Mugler et pourtant si. On imagine également un lien avec le très discret mais efficace accord boisé-ambré de "Armani Attitude".
Mais il reste tant de notes Patchouly à redécouvrir ("Borneo 1834" de Lutens, par exemple...).
Point positif en faveur de "Kokorico"; sur peau il est délicieux et sait rester tenace.

Moi, je lui trouve un petit air du premier féminin "Amber de Prada", aussi.
Et vous ?

Un jardin sur le toit Hermès


Retour en arrière et en boucle pour ce 4ème parfum sur le thème des jardins autour du monde.
Dès le premier spray on reconnait là tous les ingrédients qu’on a appris à aimer dans les jus de la marque depuis l’arrivée en 2004 du parfumeur maison Jean-Claude Ellena.
Un top en notes vertes acidulées-Rhubarbe-Pamplemousse-Vert de Cassis des précédents jardins (Un jardin sur le Nil et en Méditerrannée et l’Eau de Pamplemousse Rose) qui amène petit à petit les habituels accents thés-rosées-pivoine de Kelly Calèche et  de Rose Ikebana.
Vient ensuite le flot transparent et (aqueux-melon) de l'Helional et Magnolane du Jardin après la Mousson qui lui donne cette sensation de nature humide et moite.
Joli parfum en aquarelle, très agréable pour le printemps (c’est mon préféré des 4).
Cependant, il  peut sembler un peu ennuyeux et redondant  tant il ne renouvèle pas le genre et se contente de ne pas déplaire à une clientèle un peu bobo en quête de « green in a bottle »...
A quand un vrai renouveau dans le prochain grand féminin Hermès?

Idylle Duet - GUERLAIN

Mon premier est le « grand féminin » Guerlain créé par Thierry Wasser depuis son arrivée en tant que parfumeur maison .
Mon deuxième est sa déclinaison en EDT.
Mon troisième (ici) est une version « deluxe » du premier, proposé pour l'occasion en édition limitée.
Les vedettes présentées sont en duo: le Patchouly et la Rose; elles servent de soutient à la structure chyprée-florale musquée du parfum.
Une ouverture moelleuse de Rose Bulgare à la saveur un peu fruitée Framboise-Lychee et Lie de vin. Les touches vertes de Rhubarbe-Géranium et de fleur blanches immatérielles (Muguet-Pivoine-Lilas)  apportent du peps et une sensation de propreté et de texture duveteuse. Les muscs en overdose dans la version EDP sont toujours présents mais apparemment atténués par le contraste Rose et Patchouly (sans doute une fraction purifiée de l’essence).
"Idylle Duet" est un parfum qui revisite le schéma du Chypre (Bergamote-Patchouly-Mousse de Chêne) sans pour autant suivre à la lettre l’utilisation de ces ingrédients.
Là est tout l’art de la parfumerie : suggérer, sculpter et contourner les règles préétablies pour revisiter le genre et le faire grandir avec les modes.
On lui a trop facilement reproché une parenté avec "Narciso Rodriguez For Her" dans sa version EDT. Ils ont en effet un accord floral-patchouly-muscs en commun plus un coeur jasminé mais la comparaison s’arrête ici.
Mais il y'a d'autres parentés possibles ("Comme une évidence" and Co chez Yves Rocher)
Une nouvelle version EDT baptisée "Idylle Eau Sublime" est disponible dès Aout 2011 en parfumerie (j'y reviendrai prochainement).

Bang Marc Jacobs

Inattendu et prometteur ; un parfum « mainstream » qui a la finesse et une certaine audace des parfums de niche.
Un départ  qui claque et qui détonne (Poivre, Baie rose, élémi ?) sur un cœur boisé aromatique (cashmeran , cèdre et vétiver).
Il contiendrait un nouvelle molécule qui reproduirait l´odeur du poivre frais: le Pepperwood.
Très intéressant et original.
Pour les amateurs de Encre Noire et du très sérieux et richement boisé-cédré  Terre d’Hermès.
A suivre dès septembre 2011 dans sa version annoncée comme fraîche avec "Bang Bang".

Legend MONTBLANC

 
Un retour en parfumerie pour Montblanc avec la licence parfums détenues par Inter Parfums.

Ici, le message du parfum se veut direct et sans ambigüité : un parfum d’homme qui sent l’homme ! Pas de trace de douceur poudrée ni de vanille orientale.

L’accent est mis sur un départ aromatique typé fougère revisitée (mais assez éloignée quand même du classique Azzaro Pour Homme ou encore Rive Gauche pour Homme).
Bergamote-Armoise-muscade sur un accord boisé-cédré et santalé classique.
On y découvre avec surprise  une overdose d’une molécule de synthèse « safe* » (l’Evernyl)  à l’odeur  âpre et un peu rêche de Mousse de Chêne et qui donne volume et sillage très puissant au parfum.
Une fois la surprise passée on s’aperçoit que Legend rend un hommage  appuyé au très efficace et ravageur parfum Fierce d’AberCrombrie & Fitch.
 
Idéal après le sport en vue d'une soirée branchée avec strass et jolies poupées.

* Safe au niveau des reglementations européennes en vigueur concernant la mousse de chêne.

Amber pour Homme Intense - PRADA


Bonne idée que de retravailler la version initiale masculine qui semblait un peu perdre de l’intérêt dans le cœur des consommateurs.
Cette version nouvelle reprend le schéma de son ainée à savoir un accord « fougère ambrée » (plus que le véritable accord « ambré » classique d'un "ambre 83").
Dans cette nouvelle eau de toilette Intense le départ est toujours aussi métallique avec certaines notes dites de « savon » ou de mousse à raser (un habille dosage de fleur d’oranger naturelle et de la molécule « fraiche » par excellence : le dihydromyrcénol.
Cet effet cologne en départ et vite suivie d'essence aromatiques et épicées l’EDP se poudre de vanilline et coumarine (Fève Tonka) sur un final ultra class de Vétiver.

Ensuite, pendant l'évaporation des notes volatiles de tête, apparaît un cocktail de muscs captifs qui font la trame des parfums Prada depuis "Infusion d’Iris". Ces muscs que l’on sent dès le départ du parfum et qui lui donnent volume et chaleur. Certaines de ces molécules (sans doute la Sérénolide ou Nirvanolide) apportent un caractère charnel de peau moelleuse et suscite l’envie de s’approcher un peu plus de la personne qui porte ce parfum .
Joli parfum un peu dandy, très intéressant à porter à même la peau, avec ce petit "je ne sais quoi" qui donne envie de se plonger dans son sillage.
Suivez-moi, de près
Excellente tenue et diffusion.

mercredi 6 juillet 2011

La Femme Bleue - Armani Privé

Edp 100ml
Un parfum sur le thème de la couleur bleue (couleur universelle, parait-il).
On aurait pu avoir une Violette, une Myrtille ou bien une Glycine (note qui n´est pas très courante en parfumerie, en soliflore) .
Soyons déjà satisafit de ne pas avoir là une nouvelle version de Bleu de Chanel.
Le parfum débute sur une ouverture claire et glaciale d´une essence de Carotte pure et légèrement fruitée (l´effert terreux-racineux est gommé) on y sent aussi un soupcon de Geniévre qui prolonge cet effet.
L´évolution du parfum est rapide et on quitte vite ce départ prometteur pour  se diriger peu à peu vers un accord riche et crémeux de fleurs blanches (ylang ylang?) à l´effet lys solaire-salicylé et subtilement épicé ( imaginez le coeur de Samsara).
Exit donc l´aspect lunaire de l´Iris qu´on avait pu apprécier chez Lutens, Hermès "Hiris" ou encore dans le "28 La Pausa" de Chanel.
Le travail sur la note repose sur la qualité des matiéres permières et de leur varieté (un resinoide Iris à l´aspect plus sombre, plus dense et résolument moins poudré).
Dans "la Femme Bleue", l´iris est en suspens entre des notes boisées de Cèdre et de Santal  (naturel et des alter egos synthétiques trés enveloppants) et un léger effet cuiré des ionones.
 On pourrait y percevoir une parenté avec "Dior Homme Intense" ( à condition de retirer de celui-ci ses notes aromatiques de départ…)
Le tout est rond et riche, assez suave.
Il me fait penser à certains parfums des 80´s (mais je ne saurais dire lesquels précisemment).
Si vous avez des idées...

dimanche 12 juin 2011

Wonderwood Comme des Garçons

 Métaphysique des bois

Toujours à la recherche de nouvelles sensations olfactives et loin des modes et des tendances marketing la marque japonaise aime les defis.

Pas de provoc' dans ce jus, pas d'extravagance ni d'excentriques molécules (quoique) mais un hommage aux notes boisées synthétiques.

Comme des Garçons aime les parfums boisés (avec la collection des Encens, et de ses collaborations avec Dover, Artec, par exemple).

Dans "Wonderwood" l'accent est mis sur un accord cédré-santalé innovant et ultra diffusif.
L'ingrédient star est le Javanol (molécule de synthèse de grosse masse de la famille des santals et qui est d'une puissance redoutable; presque 25 fois plus puissant que le Bacdanol).
Il sert de structure à un accord cédré-vétiver habillé d'aromates et d'épices froides (Cyprès, Muscade, etc).

Le tout est joliment assemblé.

Seul hic: trop de Javanol rend le parfum étouffé, pour peu qu'on soit anomisque à cette famille olfactive.
Pour ma part, j'aime beaucoup l'ouverture du parfum, ensuite je suis un peu saturé par le "rayonnemennt" du Javanol.
Stay tuned.

samedi 28 mai 2011

John Varvatos 10th Anniversary Fragrance

Un couturier méconnu en France lance un nouveau parfum pour célébrer ses 10 ans dans le milieu du parfum.
Il fallait donc un parfum à la hauteur de l'évènement.
Et pour le coup, on est agréablement surpris.
Exit les notes ambrées-coumarinée-marines qui sentent le déo et le gel douche de "l'homme qui assure" 24h sur 24.

On a là, un parfum qui se place dans la famille des orientaux légers.
On pense tout de suite à une base d'Ambre 83 revue et allégée au départ héspéridé et légrement anisé.
Rien de dérangeant ne dépasse de la formule;  pas de bois secs (pour le volume), pas de notes ozoniques (troublant le paysage). 
On y sent quand même un aspect mouillé, comme un lychen qui donne un souffle aéré au parfum.
Le Patchouly, des aromates, la vanille, les baumes et les muscs assurent la tenue du parfum.
Dans la lignée du "Ambre Soie" d'Armani Privé.

Son +: un parfum américain différent et qui réussi la laison délicate entre le "mass" et la niche.
Superbe flacon et emballage XXL.
Un futur collector.

mercredi 11 mai 2011

Perles de Lalique

"Perles" est un virage audacieux pour Lalique qui ose un féminin (si on veut) boisé de grande originalité avec un accord sobre et direct.
Un travail autour d'un coeur de rose et de notes boisées riches et raffinées.
Un soupçon de notes camphrées et aromatiques (Poivre & Cyprès) apportent un départ inédit et un peu médicinal; elles accompagnent une belle essence de rose (savoureuse et juteuse).
Le Cashmeran réchauffe une nouvelle qualité de Patchouly. On a là un savant mélange de notes boisées, poudrées et épicées à la fois.
Un vrai délice.
On retrouve dans "Midngiht Poison", "Elle YSL" ou encore "Carolina Herrera Che" cette dualité bois-fleur/fruit.

En quelques mots: un parfum coup de poing, unisexe et qui peut servir de base à toute sorte d'expériences olfactives; les combinaisons sont infinies.
(En général, je ne suis pas en clin à conseiller de "mélanger les parfums", mais je ferai une exception pour celui-ci).
Essayez le, attendez seulement que le nuage de tête se tasse.
Le coeur et le fond sont "addictifs".
Que demander de plus à un parfum que de se sentir "envouté"?

mercredi 2 février 2011

White Patchouli - Tom Ford



Tom Ford aime la couleur.
Après le très sensuel "Black Orchid", le tabacé "Purple Patchouly" ou encore le chypré aromatique de "Black Violet" dans sa collection "Private Blend", il propose ici de nimber de blanc l'essence de Patchouly.

Le Patchouly ou Patchouli est une matière première naturelle majeure et essentielle à la parfumerie actuelle.
La quasi-totale production de cette plante originaire d'Indonésie (et dont l'aspect rappelle la feuille de Menthe) est destinée à la parfumerie.

Presque tous les parfums en contiennent, en trace ou en overdose.
Facile et joueur, il se marie à tout, aux chypres, aux fougères, aux ambres, aux cuirs...
Seules exceptions notoires; les accords transparents, les eaux claires et florales, les notes thés.
A noter quand même que "l'Eau d'Orange Verte " d'Hermès pose son accord citrique et aromatique sur une base Patchouly-Mousse de Chêne.

Le Patchouli peut être "clair", "oxalique" (c'est à dire défferisé), en absolu, en coeur ou en fraction ( le "patchoulol"; molécule principale de la plante retraitée et épurée par synthèse.)
Il n'existe pas, à ma connaissance, de reconstitution fidèle de cette essence.
On a dans notre palette de parfumerie, des molécules qui sentent comme ou qui vont dans la direction de... mais aucune ne s'approche de l'original.

C'est là que réside l'illusion.

Son arôme unique à la fois boisé, dense, riche, cacaoté, sensuel, chaleureux, légèrement moisi, humide, enveloppant est inimitable et mémorable, inégalé...inimitable.
Rien de tel qu'un naturel pour donner tout son volume et sa richesse à une fragrance.


Dans "White Patchouli" le Patchouly semble être un pretexte pour habiller une note rosée étonnante et légèrement verte et amère.
Et pourtant, ce parfum contient bien 10% d'essence de Patchouly, presqu'autant que dans "Black Orchid", mais 3 fois moins que dans "Angel".
Le départ du parfum peut surprendre avec ses notes rosées de Géranium / Palmarosa métalliques un peu camphrées, voire médicinales (Cyprès, Coriandre, Ylang?).
Un coeur floral blanc assez intense de Pivoine (accord abstrait) et de notes végétales et florales de Poire verte et de Cyclamen annonçant un fond musqué et moussu synthétique plongent le parfum vers un final chypré et rétro assez sec et poudreux.

Son +: son sillage diffusif; à coup sûr on vous questionnera sur ce parfum.
Son -: son départ (qui a tendance à s'oxyder si le parfum est mal conservé).
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Les parfums richement "Patchoulysés":
"Héritage" - Guerlain
"Zino" - Davidoff
"Shalimar" - Guerlain
"Allure Sensuelle" - Chanel
"Angel" - Thierry Mugler
"Angel Men" - Thierry Mugler
"Patchouli Patch" - Artisan Parfumeur
"Patchouli Reminiscence"
"Coromandel" - Chanel
"Duro" - Nasomatto
"Gentleman" - Givenchy
"Borneo 1837" -Serge Lutens
"Patchouly" - Etro

 
et tant d'autres...