mercredi 6 février 2013

Escentric Molecules N° 3


La magie de la parfumerie c’est aussi sa science. Une science qui la compose et qui consent à toutes les extravagances.
Si une vendeuse vous assure que tel ou tel nouveau parfum sur les liners des parfumeries est 100% naturel c’est qu’elle essaye de vous vendre une encyclopédie.
Le concept de la marque Escentric Molecules est avant-gardiste : bye bye poésie ici on parle chimie organique.

A l’inverse de bien des marques qui revendiquent leurs "belles matières premières" le parfumeur allemand Geza Schoen a contourné cette tendance en décidant de faire la part belle à 3 molécules de synthèse inconnues du grand public.
Il présente donc une molécule seule en solution dans l’alcool:
N°1 : Iso E Super gamma (note boisée douce cédrée et diffusive, passe partout). (Ingredients listés sur le packaging: alcool, eau, Iso E super),
N°2 : Ambroxan (note chaude, sensuelle et ambrée, et qui assure sillage et tenue aux parfums),
N°3 :  Acétate de Vétiveryle  (extraction de l’essence naturelle des racines de vétiver, distillée à la vapeur d’eau, purifiée et rectifiée),
puis sa variation "Escentric Molecule" qui est son interprétation autour d’un accord faussement simple. Cette dernière sert de support au parfum puisqu’elle l’aborde en tant que soliflore.

Escentric N°3 appuie sa facette de terre fraîche et de copeaux de bois (la fraction du vétiver) sur un départ agreste de gingembre piquant, de cardamome et d’autres subtilités épicées et aromatique (cyprès, genièvre…). Une touche de cèdre, de santal, de résines sur un flot de muscs blancs et on obtient une eau moderne, transparente et facile à porter.  
On pense aux notes boisées-encens de Comme des Garçons 2 Man, Poivre Samarcande, Kenzo Air ou alors aux mousses des sous-bois du Vétiver Extraordinaire.

Plus complexe qu'il n'y paraît et vraiment qualitatif (sauf les flacons vraiment basiques). 
Portez-les seuls ou en superposition et vous n'en recevrez que des compliments.

La nouvelle molécule N°4 (Cashmeran, Javanol...?) sera lancée cette année.

14 commentaires:

  1. Il y avait les soliflores, les solinotes, et maintenant les solicules®. Un hommage mérité ma foi, même si on est obligé de les accompagner d'autres molécules, d'autres notes plus vives, car leur pression de vapeur est si faible qu'au sortir du flacon ça ne sentirait presque rien... ce qui n'est pas très vendeur je crois :) "Juliette has a gun" avait suivi le mouvement avec l'ambroxan, en ajoutant une pointe de musc "rapide" type Helvetolide (ce qui dénature un peu la subtilité de l'ambroxan mais bon...). C'est la mode les formules ultra-courtes dirait-on...

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    1. En effet, les solicules (quelle sonorité étrange) sont une nouvelle mode. C'est assez enfantin. On prend de l'alcool et on dilue une molécule comme de la gouache dans l'eau. Parfois c'est très réussi.
      Pour Juliette Has a Gun, on ne peut pas appeller ça un parfum mais plutot une base fixative.

      Et les formules courtes sont à la mode aussi mais demandent une parfaite maitrise de l'excercice. C'est de la haute voltige que de réussir un bon parfum avec seulement 20 matières premières.
      Il me semble que Perles et Encre Noire de Lalique contiennent chacun 15 composants!
      Chapeau!

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    2. Oui, en effet. Il y a même Andy Tauer qui s'est "amusé" à créer des jus avec cinq matières de synthèse (les Pentachords). C'est un peu rude, ça manque d'arrondi à mon sens, mais emballé dans un concept trendy et fashion ça peut marcher. Les gens sont capables de se mettre du jus de pastèque au poignet et de trouver ça "génial" si c'est "tendance" et vendu chez Colette. Tout est question d'image, hélas. On est peu de choses.

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    3. Un mouton esthète ça n’existe pas.

      On est peu de choses en effet mais nous avons un atout précieux: le discernement. Le libre choix aussi de choisir entre une soupe qui sort d'un grand groupe (et qui s'assure un chiffre d'affaire à plusieurs zéros) ou une création plus anonyme et pour le coup moins "tendance".
      Mais il n'y a pas de règles.
      Demain Andy Taeur peut devenir "whaou grave tendance" avec sa gamme de savons faits maison et à l’inverse D&G peut devenir has been…
      Le public achète une image, une marque, une illusion et place le parfum en dernier plan.

      L'inconsistance en parfum...voilà une mode à suivre.

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    4. Bonjour Alex,
      Vous parlez du discernement, je vous suis, tout en sachant qu'en l'espèce il ne concerne qu'une partie informée de la population des "gens qui mettent du parfum". Pour le 95% des gens, il faut que ça sente bon, que ça tienne, et qu'il y ait peu ou prou identification à une image ou à un "style de vie". La "qualité" intrinsèque du jus n'est pas leur premier souci lors de l'achat, je crois. Et puis, peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, non? :)

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    5. C'est bien vrai. Ah l'ivresse! Jusqu'où peut-elle nous mener? Par le bout du nez, certainement.
      Nous faisons partie de ces 5% de gens qui considérons le parfum comme un art et pas seulement comme un objet mercantile.

      Quel est le parfum qui vous fait vibrer en ce moment?

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  2. Par le bout du nez , yes ;-)

    Le parfum qui me fait vibrer ? Oh, moi je ne suis pas du tout "à la mode", j'ai bien moins de culture du parfum que vous, sans aucun doute. J'étais un fan de Cacharel pour Homme, tout jeune – dans les eightie's. Mais il a été reformulé et là c'est devenu un jus moyen, sans tenacité, sans mousse de chêne, la cata. Autrement j'aime bien Ombre Rose, de J-C Brosseau, ou Chloé première version (porté sur une blonde qui "déchire", ça me retourne la tête :)) Jardin en Méditerranée d'Ellena père, Sel de Vetyver, de sa fille. J'aime la nature et la lumière, les éléments. Comment ne pas citer Terre, d'Hermés, une réussite absolue bien qu'il soit porté par une frange presque trop "sénior" à mon goût...

    Il y aussi parfois des petites eaux croisées çà et là, comme "L'eau d'été" de Patricia de Nicolaï, "L'eau" du Couvent des Minimes, voire même simplement "Mimosa" de Fragonnard – un des plus réalistes du marché, soit dit en passant...

    Mais celui qui me fait vibrer, là, vraiment, – en tout cas il me prend la tête, positivement – c'est celui que j'essaie de composer, en toute humilité bien sûr, autour d'un accord de tubéreuse, cacao, et absolu d'eau de fleur d'oranger. Mais quelle patience faut-il ! lol

    Et vous ? Une préférence absolue en ce moment ?

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  3. Ma rèference du moment: "Chanel N°18" et "28 La Pausa". Ce doit etre ma pèriode pierre froide.
    Je dois admettre que j'aime le style de Jacques Polge quand il formule pour la gamme des exclusifs. C'est class, sobre et ultra qualitatif.

    "Cacharel pour Homme" a bien changé à cause de son overdose de muscade et d'ylang (dangereux!)
    Pfff.

    Pour les eaux d'été que vous mentionnez il y'a aussi les incontournables "Eau d'orange Verte chez Hermès" et "Eau d'Hadrien".

    Oh, une tubéreuse-cacao-fleur d'oranger!
    Belle idée et bon courage en effet! La tubéreuse est tueuse.

    J'adore les fleurs blanches et mon principal souci c'est de leur donner un souffle de naturalité, comme une vraie fleur fraiche.
    La tubéreuse est juste sublime quand elle est nue, simplement posée sur sa tige. Il y'a peu de parfums qui lui réservent une note florale-fraiche et verte. Elle est trop souvent caricaturée, tartinée de coconut et fardée comme un travelo de Pigalle.

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  4. Oui, la tubéreuse est... criminelle ;) En plus c'est une odeur complexe, qui part autant dans le doux-cacao, que dans l'anisé (avec son côté céleri, plus présent dans l'egyptienne que dans l'indienne), ou que dans le camphré (salicylate de méthyle), voire fleur d'oranger oriental, "corne de gazelle" (auralva, anthranilate, ce genre). Un vrai carrefour olfactif, donc difficile à maîtriser. La poser simplement sur une tige, pourquoi pas : renforcer juste les performances de l'absolu de tubéreuse à l'aide de quelques synthétiques choisis, la mettre en lumière, et laisser la fleur s'exprimer sans trop de notes "étrangères". Mais c'est très cher le bel absolu, si on veut en mettre en quantité "non négligeable". J'essaie pour ma part de la dénaturer un peu, de la pousser sur certaines notes précises, mais, comme vous dites, sans que ça fasse tartine doucereuse. Un exercice pas évident.

    Ah la "pierre froide", j'adore. Je trouve que le "corps jacinthe" (matière que je viens de commander et d'essayer) rime bien avec cette pierre froide ; on imagine un lierre grimpant sur un mur ombré. (Il faudra que j'aille essayer ces Chanel un de ces quatre, tiens.)

    L'eau d'Hadrien, pas mal du tout oui. Il y a aussi un vieux truc que j'aime bien (en tout cas le départ, un peu moins l'arrivée) : "L'Eau de Campagne (chez Sisley, un des premiers exercices d'Ellena)

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    1. Bravo!
      Je vois que vous notez aussi une note anisée dans la tubéreuse fraiche (je ne suis donc pas seul :)
      Par contre l'absolu est pateux, cireux et je trouverais meme qu'il puisse alourdir une compo tubéreuse. (Je ne suis toujours pas parvenu à recréer celle que je veux: celle de mon jardin).
      Le défi: une tubéreuse plus vraie que nature (head space) ss une once d'absolu.
      Le prix? Un détail;)
      Soyons fous!

      Je "corps jacinthe" on le trouve dans le départ de "A scent" de Miyaké. En note froide il y'a aussi la floralozone, ou l'acetal CD.

      Aujourd'hui, je suis en émoi devant l'essence de graines de carotte rectifiée Extra. C'est froid et salé.
      Je vais l'inclure dans...(?)

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    2. Marrant ça, personne à part nous ne trouve de note anisée dans la tubéreuse? Nooooon !... mais où sont passé les nez alertes ? Halàlà :)

      Faire une tubéreuse hyperréaliste sans absolu, wow, challenge intéressant. (Moi qui ne suis pas ceinture noire en parfumerie, j'attends un peu pour l'exercice ! d'autant que je ne possède pas toutes les matières pour bien faire, notamment le benzoate de méthyle). Vous parlez de head space ; voilà un outil que j'aimerais bien voir de près, en action, une fois dans ma vie. Couplé à une colonne de chromato on doit pouvoir analyser des trucs démentiels (et essayer de les reproduire...).
      La floralozone porte bien son nom : floral au départ, et ozone ensuite, comme si l'évaporation se faisait en deux phases séparées, c'est assez étonnant. Il y a comme ça des matières synthétiques qui, à l'instar de certains naturels, se "décomposent" en plusieurs fragrances. Ce qui rend un peu plus compliqué leur emploi, en fait, que des molécules plus "monocordes". Pour cela qu'il faut vraiment bien connaître le développement de chaque matière si on veut essayer de construire quelque chose de façon pas trop aléatoire. Ça prend un temps fou (mais ça vous le savez ;) Pour ma part je tâtonne, j'avance un peu dans la nuit avec ma loupiote, je fais parfois des découvertes formidables (la dernière : la triméthyl pirazine) – et j'adore les matières (ce qui est bien c'est qu'il en existe des milliers, j'ai le temps, le fameux temps de l'autodidacte ;)

      Et quelle chance, pour vous, d'avoir de la tubéreuse dans un jardin !

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    3. Oui, une tubéreuse dans le jardin, c'était magique. La légende est bien vraie, elle distille son parfum dès la nuit venue.
      Une seule de ces fleurs et c'est l'orgasme olfactif. Impossible de ne pas la détecter. Elle est enivrante et fraîche en même temps.
      Moi, je suis tubéreuse addict!

      Le hic avec leur bulbe c'est qu'il ne fleurit pas tous les ans. Je ne pense pas en ressentir cette année (peut être en bouquet chez un fleuriste passionné).

      (simple note perso: je préfère le benzoate d'éthyle au benzoate de méthyle dans la tubéreuse, je trouve ça plus fleuri et moins caoutchouc).

      Pour ce qui est du head space j'ai déjà participé à ce genre de méthode. Quand j’étais junior, on a analysé des framboises fraîches écrasées, des pop corn, des freesias jaunes et du genet blanc. On les place dans un cylindre hermétique et sous pression on y injecte un gaz inerte sous forme liquide. Ce gaz capture les notes de tête. Ensuite on récupère ce liquide imbibé et on l'analyse en chromato. On obtient les notes de tête mais en proportion, pas en chiffres exacts, pas de quoi en faire une formule.
      C'est vraiment incroyable, seulement Dame Nature ne livre pas tout à la science.

      Pour les pyrazines attention à leur puissance!
      J'ai fait une bougie "Marron glacé" (pour une marque assez connue) qui contient des pyrazines en grandes quantités. C'était une vraie bombe et maintenant je vois les pyrazines d'un autre oeil.
      Celle qui sent le riz bouilli est sympa (ooups, j'ai zappé le nom).

      Etre autodidacte c'est une très belle quête, parce que vous seul savez où aller: "le toujours plus"

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  5. J'essaie depuis quelques jours de "créer" une tubéreuse avec des matières de synthèse, et comme modèle un absolu d'Egypte que j'estime "intéressant" (en plus d'une chromato, ça aide pour les quantités). Mais cette entreprise me paraît finalement un peu vaine si l'on considère que le parfum de la tubéreuse est DEJA incomplet quand on sent l'absolue (qui a perdu des notes dans la manip' d'extraction). Pour bien faire il faudrait sentir une vraie tubéreuse, fraîche et fringante. Et c'est pas trop la saison :( En attendant je vais utiliser cette absolue pour ma composition, en ajoutant juste un peu de céleri (qui renforce la facette anisée-camphrée)...

    Ah oui, puissant les pyrazines. Mais un faible pourcentage permet de vraiment donner du caractère, de la fibre je dirais.

    Bonne journée à vous, Alex. Et au plaisir d'une prochaine discussion ;)

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    1. Abracadabra!
      Un petit mail vous attend...sur yahoo.fr

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