samedi 16 février 2013

Marni Eau de parfum


Certaines marques prennent leurs clientes pour des shampouineuses écervelées ou des perruches frugivores. 
D’autres (principalement italiennes : Bottega, Prada, Marni…) apportent un peu plus d’attention et de consistance à leur produit et à leur image.

Marni (sous licence Estée Lauder) lance en Europe son premier parfum féminin en ce moment.

Je ne connaissais pas cette marque avant qu’on en parle lors de son association avec H&M l’année dernière et avec la préparation d’un premier parfum féminin. Alors, là tilt !  Un nouveau parfum, voilà de quoi susciter tous les intérêts.

Aussi, j’avoue ne pas avoir été attiré par le flacon ni le packaging…mais ne dit-on pas "qu’importe le flacon…" ?

Et j’ai bien fait.

Le départ du parfum est une jolie note cosmétique fluide et transparente de géranium rosé et oxydé (cette note qui fait l’ouverture en fanfare de Swarowski Aura).  Ce même accord métallique est enflammé de baie rose, poivre et de notes vertes (poire fraîche et granuleuse). L’évolution est intéressante dans le sens où l'on traverse différents stades (du chaud au froid, du piquant au souple). 
On aperçoit quelques visages familiers au coin de la rue (l’encens cotonneux du Untitled de Margiela), sur un cœur floral immatériel qui me rappelle un peu les effets mouillés-rosés du lychee et le vert du muguet. Ensuite, un souffle légèrement végétal prend le relais sur divers matériaux poudrés-boisés (vétiver-ionones) d’Infusion d’Iris. Le final richement musqué prend ses marques sur les matériaux souples et santalés de l’Eau Ambrée
Du beau monde, en somme.

Mais la surprise se dévoile quand on le l’attend pas. Derrière ce cortège de people se cache un néo chypre. Oui, oui. Comme si un fantôme des années 70 s’était planqué dans cette boule de muscs. (Un néo chypre sans mousse de chêne ni muscs nitrés mais avec la structure patchouly-vétiver et l’âpreté de l’evernyl).

Mirage ou prouesse technique ?

En tout cas, ce parfum, une fois porté est vraiment très agréable et incroyablement rémanant sur les textiles.

Les adeptes des parfums Prada (signés Daniela Andrier) reconnaîtront d'emblée la signature de la parfumeur.

Une première petite surprise pour ce début d'année.

5 commentaires:

  1. Marni, en mode, je connais... ça n'a parfois l'air de rien, mais c'est vraiment luxueux et beau. Donc, le parfum, quand j'en ai entendu parlé, j'en attendais beaucoup. Grâce à cet article, je vais continuer à espérer!
    (Et j'aime beaucoup Prada...)

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    1. Bonjour Dau,

      Si vous aimez la "Prada touch" vous serez donc séduit par ce nouveau parfum, pas de doute.

      Vous me donnerez votre avis.
      A bientot.

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  2. Wow ! Belle description, Alex ; j'ai bien envie d'aller sentir ça à l'occasion. ("perruches frugivores", j'ai ri, c'est bien vrai...).
    Le flacon, en effet, est étrange, on dirait le mariage improbable entre un rouge à lèvres et un verre à bougie. Mais pourquoi pas.

    J'admire cette aisance que vous avez à décortiquer une fragrance par le menu. Moi j'en suis encore au stade où je peux mettre un nom sur la famille olfactive d'un jus, un ou deux accord typiques, éventuellement une ou deux matières reconnaissables. Mais pour le reste, les références, etc., j'ai encore bien à apprendre :)

    Question (s) : le "neo-chypre", appellation qu'on entend souvent, est-ce dû à la quasi absence de mousse de chêne dans les jus à cause des réglementations et autre recommandations IFRA ? Je crois qu'on remplace dans une formule la mousse de chêne (et d'arbre) par de l'evernyl, oui, mais je trouve que cette molécule n'a pas la puissance et l'ampleur de la mousse de chêne, hélas :( . Quant aux "muscs nitrés", j'aimerai bien en sentir une fois. Ils ont quoi de différent ?

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    1. Bonjour Nicolaï,

      Merci pour votre message :)

      La Parfumerie c'est "3P":
      Patience,
      Passion,
      Persévérance...

      Les néo-chypres sont en fait (selon moi) des mutants du schéma classique du chypre (bergamote-patchouly-vetiver-mousse). Ils ont donc muté avec le temps pour exploser dans les années 2000 vers quelque chose de plus moderne et aéré (phénomène de mode oblige).
      Un peu comme un remake au cinéma, on garde le scénario mais on change les acteurs et on utilise de nouvelles méthodes de tournage, nouvelle musique, nouveaux effets spéciaux, etc.
      Certains de ces "néo-chypres" contiennent encore de la mousse de chêne (elle n’est pas encore complètement bannie) mais dans des proportions différents avec de nouvelles qualités de vétiver ou patchouli. L’evernyl est un artefact qui ne peut pas remplacer la richesse d’un produit naturel. Il donne juste l’impression de…

      Les muscs nitrés (musc ambrette, xylène, cétone, baur…) sont des muscs synthétiques potentiellement dangereux pour l’organisme humain et plutôt nocifs pour l’environnement (ce sont de "grosses" molécules qui sont très peu biodégradables).
      Pourtant ils sont merveilleux dans les compos : poudrés, diffusifs, long lasting et tellement retro : On les trouvait dans le N°5, Soir de Paris, Calèche, Madame Rochas, les Guerlain, Pour un Homme de Caron…tous ces vintages qu'on a tant aimé.

      Ils sont interdits depuis le début des 80’s ou vraiment très limités dans les compos.
      Certains sont encore utilisés : le Musc cétone, par exemple.

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    2. Merci des infos, Alex. On aurait presque pu écrire : "Suite au nombre effarant de dermatites, eczémas, érythèmes et autres affections cutanée qu'on a pu observer depuis 1906 suite à leur emploi inconsidéré et massif, les muscs nitrés ont terrifié, de par leur absolue dangerosité, la fringante communauté internationale des 80's et sont donc interdits, chassés, disqualifiés, depuis ces années-là. Et de toute façon, ils sont une réelle menace pour l'environnement (qui lui préfère de loin les millions de tonnes de plastique qui flottent sur les océans). Donc, voilà, les nitrés c'est comme Capri : c'est fini. Coco Chanel les aimait bien, mais tant pis."

      Mais bon, hein, on va pas faire de vagues ;-)

      A bientôt.

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