mardi 19 septembre 2017

Gabrielle Chanel



Gabrielle Chanel - Photo perso

On peut dire qu'on l'attendait ce nouveau grand féminin! 

Une vraie nouveauté depuis 2003 (avec Chance).
Les autres créations auront été des flankers pour irriguer le marché et les liners des parfumeries.
Gabrielle est donc LA nouveauté de la décennie.
 
Un nouveau jus, un nouveau flacon aux lignes simplissimes et superbement high tech autour d’une nouvelle histoire qui s'inscrit fidèlement dans les veines de la marque. 
Pourquoi chercher à inventer un univers quand il suffit de puiser dans son patrimoine pour trouver, d'une évidence toute naturelle, une héroïne ?
Cette égérie sera donc la fondatrice de la marque in persona; à savoir Gabrielle Chanel.
Gabrielle alias Coco dans les années 80, puis Coco Mademoiselle redevient elle-même, la visionnaire, cette femme déterminée et indépendante qui créa son empire. Elle devient l’héroïne de sa propre vie et baptise de son vrai prénom la nouvelle fragrance maison.
Gabrielle est ainsi la signature olfactive de la marque comme si l'esprit de la grande Coco elle-même était venue insuffler à ce jus ce qui lui faut de magie pour lui conférer gloire et pérennité.
 
Il (le parfum) reprend les codes de la marque: élégance, abstraction, finesse et beaux ingrédients. Telle une robe de haute couture rien ne dépasse. Tout est millimétré pour donner à Gabrielle une place honorable aux coté d’Allure et de Coco Mademoiselle.
On ressent évidemment les éléments clés des jus maison et des facettes des ainés, oncle et tantes lointains: l'ylang exotique et incontournable du N°5, la verdeur printanière du muguet et la jacinthe de Cristalle, quelques touches santalées-moelleuses du Bois des Iles et puis Coco Mademoiselle pour la trame boisée chyprée.
L'ouverture est fraîche et franchement verte-acidulée (effet rhubarbe, pamplemousse et son cassis généreux évoque les notes de tete d’Amazone d’Hermès).
Puis elle plonge dans le cœur du spectre: une dimension "grand floral aux 4 facettes" : ylang/ tubéreuse/ jasmin/ fleur d'oranger avant le final boisé musqué, bien propret.
 
Les parfumistas auront remarqué la similarité entre Gabrielle et J’adore, ou comment Chanel (généralement avant-gardiste et pionnière) lance un petit clin d’œil à son ami couturier rival. Bien que ces deux géants de la mode et du parfum évoluent dans le même univers ils ont leur style bien identifiable et aussi leur clients fidèles. Il y’a donc d’un côté les Chanelovers et en face les Dioraddicted.
Le choc des titans s’annonce et le duel de Noël 2017 se passera comme au stade de France entre l’OM et le PSG. Qui gagnera le pied du sapin ?
 
Gabrielle est un parfum dit mainstream, c’est-à-dire qu’il est facile d’accès, facile à porter, conventionnel et calibré pour être un champion des tests consommateurs. On dit que l’acte d’achat d’un parfum se décide lors des premières secondes d’olfaction.
Décrit comme un grand floral solaire, il appartient donc à cette famille de parfums la plus appréciée et plébiscitée de par le monde.
Il n’y a aucun intérêt pour Chanel de lancer un parfum qui soit « hyper créatif » ou transgressif. Plaire à 3 érudits éclairés et amateurs de sensations olfactives hardcore n’est pas dans la stratégie de la marque.
On n’attend pas de Chanel de lancer un ovni (Mugler réussi très bien ce genre d’exercice). On attend de Chanel un parfum qui s’inscrive dans son temps, qui plaise à madame tout le monde, et qui donne envie de racheter un deuxième flacon, puis un troisième, etc. L’idéal serait de séduire un nouvelle cliente et de la fidéliser.
On verra dans 3 ans qui restera sur liners des parfumeries : Gabrielle ou Aura.
La loi du marché est impitoyable et seul le client est roi.
 
Quelque temps avant son lancement je me souviens avoir reçu comme commentaire accompagnant l’échantillon « do not expect too much… ».
On dit souvent que pour ne pas être déçu il ne faut pas trop attendre…
Soit.
Justement, plus l’attente est longue plus le désir d’être ébloui est conséquent (ou pas).
C’est dire l’angoisse et l’engouement qui régnaient autour de cette nouveauté. On nous en parle concrètement depuis janvier; Chanel distillant quelques pistes par-ci par-là, tel que le nom, d’entrée de jeu. Ça c’est du teasing !
Un parfum tous les 15 ans ça tient du sacré. Il ne faut pas se rater.
Gabrielle sera donc l’incarnation de cette décennie.

Certaines marques soignent minutieusement leur image, leur communication et surtout leur réputation. A l’image d’une star énigmatique qui revient sur scène après 5 ans d’absence, on l’attend, on la guète et l’on imagine des scénario improbables. On divague, on invente, on s’agrippe aux rumeurs mais on espère frissonner dès son retour.
Une fois la star revenue dans la lumière, la foule est conquise et c’est la transe, la béatitude, la clameur (imaginez un peu le parterre d’hystériques devant les Beatles un soir de gala à Liverpool).
« Je veux un enfant de toi (ange) Gabrielle ! »
Bon, on n’est pas dans le même niveau d’euphorie concernant Gabrielle mais l’idée d’une longue attente perçue comme frustrante par les fans pourra provoquer une telle effervescence.
 
Pour ma part, je suis ravi de cette nouveauté.
C'est à mon sens le lancement le plus réussi en 2017 (voire même de ces 3 dernières années).
Pourquoi donc ?
Parce que Gabrielle est un parfum ambitieux qui ravive l’époque des grands lancements. Gabrielle apporte un nouvel élan de clarté et de lumière à cette parfumerie qui s’enlise et qui tourne en rond. Gabrielle replace assez haut la barre de la parfumerie mainstream et servira peut-être de point de repère (d’inspiration ?) à de nouveaux développement parfums à venir.
Gabrielle est le fruit d’un sérieux travail de fond et de forme pour livrer au public un parfum bien dans l’air du temps, dans un positionnement haut de gamme mais pas d'un luxe écrasant. Il y a là une vraie cohérence de la marque à rester fidèle à son image et à son ADN et en somme « à faire du Chanel ».
Gabrielle c'est l'antidote au mauvais goût, à la masse pâteuse du glucosé, au rose neuneu et au cheap and toc. 
 
Je reprends une citation de Chanel : “Le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité».

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