jeudi 5 octobre 2017

Fucking Fabulous Tom Ford


Photo Perso - Boutique Tom Ford Milan


Tom Ford n'est plus à présenter.
Il a réussi a révolutionné en 10 ans la traditionnelle parfumerie telle qu'on la connue.
Avec sa gamme exclusive "Private Blend" lancée en 2007 il a proposé à la haute parfumerie une nouvelle orientation et une nouvelle identité qui a inspiré pas mal d'autres marques.
Sans Tom Ford, l'Artisan Parfumeur aurait gardé ses couleurs.
 
Pour son nouveau coup de maître, le désigner donne au concept de fashion victim un petit frère: le perfume victim.
 
Sa nouvelle eau de parfum "Fucking Fabulous"  jouit d'un buzz sans précédent.
(Pour des raisons de sensibilités publiques ce parfum ne sera pas commercialisé dans les corners des grands magasins mais seulement dans les boutiques du créateur).
 
Affriolée par le scandale naissant une clientèle du Moyen Orient se presse devant les boutiques européennes du couturier, prend des selfies avec le flacon noir mat et achète à coup de 5-6 pièces ce nouvel objet du pêché. La note du parfum semble bien secondaire.
L'essentiel étant de faire sienne l'essence insolente du designer.
Des quadras bien tassés et bariolés de marques italiennes au goût très sûr s'affolent devant les vitrines de la marque pour s'offrir le précieux flacon. Un peu comme une mannequin devant un cheesecake, leurs yeux brillent et on bavarde sur les anecdotes du parfum (ils en savent plus que les vendeurs de la marque). Ils demandent pudiquement à sentir "Fabulous", circoncisant soigneusement tout ce qui fait l'intérêt du titre.
Le spectacle se situe plus tard sur leurs mines dépitées quand on leur dit que le parfum est victime de son succès et que les stocks sont à sec. Il faudra donc repasser la semaine prochaine ou, pire, s'inscrire sur la liste d'attente déjà tristement longue.


Les chanceux possesseurs du parfum, auréolés de leur succès rentrent chez eux, le sourire aux lèvres, fiers de ramener dans leurs valises un exemple de décadence américaine (un peu comme un magazine clandestin de Playboy ou un sextoy tentaculaire).
Le frisson de l'interdit alimentera les conversation et les convoitises lors de soirées entre amis parfumistas.
 
Putain c'est fabuleux!
Croyez-moi, c'est écrit sur le flacon.
 
L'ouverture fait penser à un accord de cuir souple, de daim dans la lignée de Cuir d'Ange d'Hermès. On aurait pu s'attendre à une resucée de Tuscan Leather ou encore d'Ombre Leather 16, mais cette fois la note cuir est plus nuancée moins isobutyl quinoléine (molécule de synthèse qui sent le linoléum), moins fruitée-boisée mais davantage fumée.
Ensuite, le parfum prend une nouvelle tournure et opte pour un caractère plus gourmand fondant sur un accord en massepain/tonka et légèrement lacté-noix de coco. (Petit clin d'œil à Tobacco Vanille?).
L'impression d'ensemble est jolie, assez unisexe et bien balancée entre les inflexions fumées-cuirées et les touches balsamiques. Le parfum rappelle (sur la peau) le très musqué Body Kouros.
Avis donc aux amateurs.
 
En fin de compte voilà le quizz du jour:
  1. Il me faut ce parfum parce que j'aime l'audace de Tom Ford. En maestro du marketing et roi de la provoc' il a les couilles de proclamer un tel nom et ose ébranler les codes. Personne d'autre n'aurait pu provoquer un tel scandale.
  2. Il me faut ce parfum parce que je ne peux pas sentir que bon, je veux aussi sentir "fabulous"!
  3. Il me faut ce parfum parce que "fuck" fait partie courante de mon vocabulaire et que je ne parle de parfums qu'avec des mots fleuris. Exemple: Donna Karan fait des parfums "Fucking Delicious", Fréderic Malle a un Oud "Fucking Sumptuous"... Les gammes exclusives de Prada et Bottega Veneta sont "Fucking Awesome", et  Dior Sauvage est "a Fucking Blockbuster"!
  4. Fuck is the new black.
 
Et vous, prêt à tout pour un flacon d’ivresse ?

mardi 19 septembre 2017

Gabrielle Chanel



Gabrielle Chanel - Photo perso

On peut dire qu'on l'attendait ce nouveau grand féminin! 

Une vraie nouveauté depuis 2003 (avec Chance).
Les autres créations auront été des flankers pour irriguer le marché et les liners des parfumeries.
Gabrielle est donc LA nouveauté de la décennie.
 
Un nouveau jus, un nouveau flacon aux lignes simplissimes et superbement high tech autour d’une nouvelle histoire qui s'inscrit fidèlement dans les veines de la marque. 
Pourquoi chercher à inventer un univers quand il suffit de puiser dans son patrimoine pour trouver, d'une évidence toute naturelle, une héroïne ?
Cette égérie sera donc la fondatrice de la marque in persona; à savoir Gabrielle Chanel.
Gabrielle alias Coco dans les années 80, puis Coco Mademoiselle redevient elle-même, la visionnaire, cette femme déterminée et indépendante qui créa son empire. Elle devient l’héroïne de sa propre vie et baptise de son vrai prénom la nouvelle fragrance maison.
Gabrielle est ainsi la signature olfactive de la marque comme si l'esprit de la grande Coco elle-même était venue insuffler à ce jus ce qui lui faut de magie pour lui conférer gloire et pérennité.
 
Il (le parfum) reprend les codes de la marque: élégance, abstraction, finesse et beaux ingrédients. Telle une robe de haute couture rien ne dépasse. Tout est millimétré pour donner à Gabrielle une place honorable aux coté d’Allure et de Coco Mademoiselle.
On ressent évidemment les éléments clés des jus maison et des facettes des ainés, oncle et tantes lointains: l'ylang exotique et incontournable du N°5, la verdeur printanière du muguet et la jacinthe de Cristalle, quelques touches santalées-moelleuses du Bois des Iles et puis Coco Mademoiselle pour la trame boisée chyprée.
L'ouverture est fraîche et franchement verte-acidulée (effet rhubarbe, pamplemousse et son cassis généreux évoque les notes de tete d’Amazone d’Hermès).
Puis elle plonge dans le cœur du spectre: une dimension "grand floral aux 4 facettes" : ylang/ tubéreuse/ jasmin/ fleur d'oranger avant le final boisé musqué, bien propret.
 
Les parfumistas auront remarqué la similarité entre Gabrielle et J’adore, ou comment Chanel (généralement avant-gardiste et pionnière) lance un petit clin d’œil à son ami couturier rival. Bien que ces deux géants de la mode et du parfum évoluent dans le même univers ils ont leur style bien identifiable et aussi leur clients fidèles. Il y’a donc d’un côté les Chanelovers et en face les Dioraddicted.
Le choc des titans s’annonce et le duel de Noël 2017 se passera comme au stade de France entre l’OM et le PSG. Qui gagnera le pied du sapin ?
 
Gabrielle est un parfum dit mainstream, c’est-à-dire qu’il est facile d’accès, facile à porter, conventionnel et calibré pour être un champion des tests consommateurs. On dit que l’acte d’achat d’un parfum se décide lors des premières secondes d’olfaction.
Décrit comme un grand floral solaire, il appartient donc à cette famille de parfums la plus appréciée et plébiscitée de par le monde.
Il n’y a aucun intérêt pour Chanel de lancer un parfum qui soit « hyper créatif » ou transgressif. Plaire à 3 érudits éclairés et amateurs de sensations olfactives hardcore n’est pas dans la stratégie de la marque.
On n’attend pas de Chanel de lancer un ovni (Mugler réussi très bien ce genre d’exercice). On attend de Chanel un parfum qui s’inscrive dans son temps, qui plaise à madame tout le monde, et qui donne envie de racheter un deuxième flacon, puis un troisième, etc. L’idéal serait de séduire un nouvelle cliente et de la fidéliser.
On verra dans 3 ans qui restera sur liners des parfumeries : Gabrielle ou Aura.
La loi du marché est impitoyable et seul le client est roi.
 
Quelque temps avant son lancement je me souviens avoir reçu comme commentaire accompagnant l’échantillon « do not expect too much… ».
On dit souvent que pour ne pas être déçu il ne faut pas trop attendre…
Soit.
Justement, plus l’attente est longue plus le désir d’être ébloui est conséquent (ou pas).
C’est dire l’angoisse et l’engouement qui régnaient autour de cette nouveauté. On nous en parle concrètement depuis janvier; Chanel distillant quelques pistes par-ci par-là, tel que le nom, d’entrée de jeu. Ça c’est du teasing !
Un parfum tous les 15 ans ça tient du sacré. Il ne faut pas se rater.
Gabrielle sera donc l’incarnation de cette décennie.

Certaines marques soignent minutieusement leur image, leur communication et surtout leur réputation. A l’image d’une star énigmatique qui revient sur scène après 5 ans d’absence, on l’attend, on la guète et l’on imagine des scénario improbables. On divague, on invente, on s’agrippe aux rumeurs mais on espère frissonner dès son retour.
Une fois la star revenue dans la lumière, la foule est conquise et c’est la transe, la béatitude, la clameur (imaginez un peu le parterre d’hystériques devant les Beatles un soir de gala à Liverpool).
« Je veux un enfant de toi (ange) Gabrielle ! »
Bon, on n’est pas dans le même niveau d’euphorie concernant Gabrielle mais l’idée d’une longue attente perçue comme frustrante par les fans pourra provoquer une telle effervescence.
 
Pour ma part, je suis ravi de cette nouveauté.
C'est à mon sens le lancement le plus réussi en 2017 (voire même de ces 3 dernières années).
Pourquoi donc ?
Parce que Gabrielle est un parfum ambitieux qui ravive l’époque des grands lancements. Gabrielle apporte un nouvel élan de clarté et de lumière à cette parfumerie qui s’enlise et qui tourne en rond. Gabrielle replace assez haut la barre de la parfumerie mainstream et servira peut-être de point de repère (d’inspiration ?) à de nouveaux développement parfums à venir.
Gabrielle est le fruit d’un sérieux travail de fond et de forme pour livrer au public un parfum bien dans l’air du temps, dans un positionnement haut de gamme mais pas d'un luxe écrasant. Il y a là une vraie cohérence de la marque à rester fidèle à son image et à son ADN et en somme « à faire du Chanel ».
Gabrielle c'est l'antidote au mauvais goût, à la masse pâteuse du glucosé, au rose neuneu et au cheap and toc. 
 
Je reprends une citation de Chanel : “Le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité».

mercredi 13 septembre 2017

I'll be back...

En juin 2016 quand j'ai écrit mon dernier post j'aurais pu me retourner et d'un regard Raybanisé vous dire  "I'll be back" dans un accent germano-hollywoodien qui n'aurait pas apporté beaucoup de crédibilité à mes propos.
Je ne l'ai pas fait.
Comme ce héros de science fiction j'ai traversé le temps (une année terrestre précisément) pour rendre vie à mon blog.

Lui et moi venons d'univers extraordinaires où l'irréel trompe le quotidien pour l'embellir un peu.
Le parfum: cette entité qu'on ne voit pas mais qu'on remarque...
Ce spectre qui fait tant parler.

Je reviendrai donc faire ma rentrée dans quelques jours pour vous parler de petites choses exquises et des high lights du moment.

Stay tuned... et bonne rentrée à tous!

jeudi 26 novembre 2015

L'arôme Truffe


En gastronomie l'or noir c'est la truffe (qui peut être blanche aussi). Elle est un met raffiné nec plus ultra et elle se paye à prix d'or. On la retrouve avec panache dans des plats d'exception pour les grandes occasions. Tous les grands chefs ont magnifié cette tubercule en la présentant comme une diva exquise dans leur création. 
Truffe + caviar + champagne, what else?
Mais sa meilleure parure reste encore l'écrasé de pomme de terre.
Fausse rustique la truffe?

Si vous n'avez pas les moyens de consommer de la vraie truffe à tous les repas la science a pensé à vous avec l'arôme truffe (environ 20€ les 100ml).
Élaboré en laboratoire, à partir d'éléments naturellement présents dans la truffe, l'arôme est commercialisé sous plusieurs formes: huiles, vinaigres, tapenades, sels... il est là pour "singer" le parfum du végétal.
Le principe de l'arôme alimentaire est de donner l'impression de consommer "du vrai" quand le produit en question n'en contient pas.
Une illusion gustative en quelque sorte.

Pas facile de "contretyper" mère Nature.

Un arôme fraise sans un gramme de fruit ça existe (tout comme l'Eau Parfumée au Thé Vert de Bvlgari sans une seule feuille de thé dedans - dixit JCE en personne, le créateur du parfum).
De plus, le goût du Red Bull ne vient pas d'une corbeille de fruits martiens mais d'un accord banane-fraise-vernis à ongles.
Un arôme chocolat est très puissant et est moins coûteux à inclure dans une crème dessert industrielle qu'une vraie cosse de cacao qu'on aurait pris le temps de torréfier, de raffiner puis de cuisiner.. Le coût de production s'en ressent. Le goût aussi.
Nous mangeons, buvons et nous parfumons avec des illusions.

Comme tous les mammifères, je sens ce que je mange. Si ça sent bon je mange et si ça sent pas bon je ne mange pas. Cqfd.

Ma première rencontre avec l'arôme truffe a été désastreuse.
J'ai cru qu'une conduite de gaz avait peté et quelle était en train de nous intoxiquer lentement. Hyperosmie en action, alerté par cette onde malveillante, mes bulbes olfactifs ont détecté la nuisance. J'hésite encore à la décrire comme l'odeur de flatulence d'un vieux tuyau métallique rouillé qui aurait expulsé son dernier relent gazeux par le caoutchouc d'une vielle chambre à air.
J'avais cette impression que mes organes vitaux (notamment le foie) était visés et que j'allais bientôt sombrer.
Sauve qui peut!
Cet arôme était 100 fois plus puissant qu'un ail fraîchement pressé.
Seule issue: ouvrir grand les fenêtres et se barrer très loin!

Aussi, après réflexion, je doute que la truffe naturelle sente aussi mauvais. De mémoire, elle sent l'humus, le liège du bouchon, avec un petit effet cosse de noix fraîche tout à fait appréciable.
Autant jouer les puristes: je préfère savourer la truffe naturelle que de me polluer l'organisme avec cet ersatz douteux. Mais je peux très bien vivre sans, aussi.


Et vous, fan de la truffe?

jeudi 15 octobre 2015

Place Vendôme Haute Parfumerie


J’ai toujours abordé sur ces pages le thème des parfums (de toutes sortes et principalement ceux que j’aime), le thème des matières premières et aussi quelques sujets qui me trottaient dans la tête (le rhume pour un parfumeur, le parfum envahissant de ma voisine depizzeria, le musc et les valseuses, etc.)

J’ai traité en autobiographie le sujet de l’accueil en parfumerie (cet effroyable salon de beauté hambourgeois tenue par des rombières asséchées). Mais cette fois je vais vous parler d’une autre boutique, à l’extrême opposé de la précédente. Une parfumerie « out of this world », un écrin luxueux qui tire la haute parfumerie vers le haut et qui redonne à l’univers du parfum sa magie originelle. Cette parfumerie s’appelle Place Vendôme Haute Parfumerie et se situe à Wevelgem en Belgique.

On sait tous que les parfums ne se vendent pas tout seul et que même la plus extravagante des communications ne parvient pas à faire d’un mauvais sirop un succès planétaire. Le Parfum a besoin d’un lieu adéquat et d’un support pour pouvoir s’exprimer en dehors de son flacon. Et ce support c’est la force de vente des vendeurs. Qui n’a jamais été emballé par l’histoire que nous racontent ces ambassadeurs quand ils croient en leur produit ? Qui n’a jamais rêvé aux fables sur les ingrédients exotiques, les coulisses et les anecdotes sur la création du précieux nectar ? Le parfum c’est un tout mais aussi un produit à haute valeur subjective ajoutée. Quand un passionné vous parle de l’objet de son affection il vous embarque immédiatement dans son monde.

C’est un peu cette histoire-là que je vais vous raconter.

Pour ma première visite en Belgique j’ai commencé par le plus extraordinaire des voyages. Me voilà fraîchement débarqué en terre inconnue que l’on m’emmène déjà découvrir expressément un autre monde.

J’avais entendu parler de Place Vendôme, cette petite boutique atypique qui vend des trésors de haute parfumerie au milieu de la pampa (des pièces de collection en cristal, des éditions prestiges et limitées, etc.) Je m’explique : Place Vendôme est située à Wevelgem autant dire, presque au milieu de nulle part (sans offenser les habitants du patelin en question). Place Vendôme n’est pas une enseigne des Champs-Elysées mais son aura brille d’autant de mille feux.
J’entre donc dans ce lieu inattendu. Les devantures m’annoncent déjà que je vais décoller et embarquer pour le nirvana. Chanel et Guerlain en sont les guest stars (en toute fausse objectivité je peux vous dire que je plane déjà…). Je suis Alice et je viens de traverser le miroir. Me voilà en apesanteur dans un autre monde, je flotte dans un Taj Mahal scintillant. 
Notre hôte, David Depuydt et son équipe nous accueille chaleureusement et nous invite à découvrir son écrin.
David est le propriétaire des lieux. Il est un être atypique, un personnage charismatique qui bouscule les codes. Il est le gardien d’un temple où tout est luxe, splendeur et convoitise.

J’étais Alice, je deviens Charlie (dans la chocolaterie). J’ai envie de tout voir, de tout toucher, de tout sentir. David est en quelque sorte le Willy Wonka des lieux, le magicien bien veillant qui vous transmet son rêve et partage généreusement avec nous toutes ses beautés olfactives et visuelles.

J’ai une ébauche de théorie sur le personnage : je pense que David est un extra-terrestre* et qu’il vient d’une planète nommée LUXE. Luxe est une sphère lumineuse qui met en lumière le travail artisanal d’un groupe de créatifs (les parfumeurs, les artisans flaconniers, les concepteurs d’emballages, et les tous ces corps de métier qui gravitent autour de la beauté). Tout est question de savoir faire et de soucis du détail. Luxe n’est pas une planète bling bling où des logos ostentatoires en toc vous balancent leur vulgarité en pleine face. Luxe est une horloge de cristal saupoudrée d’or. C’est une constellation de petites choses bien choisies qui une fois combinées entre-elle vous donne l’impression que vous êtes un élément de cette mécanique.
Le luxe c’est une valeur et pas nécessairement un prix sur une étiquette.
David est *extra parce qu’il est un passionné éclairé de la belle parfumerie et amoureux des marques qu’il représente. Exigeant dans ses produits il fait preuve d’une connaissance infaillible sur l’histoire de ses parfums. Il croit dur comme fer en l’émotion et en la magie du Parfum.

Il a créé cet univers merveilleux et depuis 25 ans le succès ne se démenti pas.

David est *terrestre parce qu’il a le franc parler et les pieds sur terre ; il connait les enjeux et les stratégies des marques mais garde pourtant cette magie dans son discours. Il jongle habilement entre expertise du marché et la féérie des lieux.
Visiter la Parfumerie Place Vendôme est un moment rare et unique. On déambule entre les créations exclusives de Guerlain et les avant-premières de  Chanel. La gamme privée des Heures de Cartier côtoie les fontaines à parfums de Caron, les vintages ressuscités de Patou, quelques marques de niche pointues (Amouage, Parfum d’Empire, etc.) et des cosmétiques premiums.

Quand on repart de la boutique on affiche un sourire béat. Que l’on ait acheté un parfum ou pas on a ce sentiment d’avoir vécu un moment magique. Et rien que pour ça j’ai envie d’y retourner.

Si vous passez dans le coin, je vous invite donc à découvrir cette parfumerie et surtout à rencontrer cette joyeuse équipe de doux rêveurs.

Haute Parfumerie Place Vendôme
Menenstraat 2/A, 8560 Wevelgem en Belgique


vendredi 21 août 2015

Mitsouko Print



Manon s’est parfumée avec Mitsouko inlassablement pendant plus de cinquante ans. Offert en cadeau de mariage par son mari, elle ne l’a plus jamais quitté.
Sa bouteille de parfum était un repère, elle n'aurait pas vraiment su dire ce qu'il sentait, juste divinement bon.
Elle en avait toujours une quelque part, dans sa salle de bain, son sac à main, sur sa coiffeuse.
Elle a essayé plusieurs concentrations (eau de toilette, cologne, extrait) et en a gardé tous les flacons. 
Ceux d’extrait c’étaient pour les grandes occasions: les anniversaires de mariage. 
- Il sent bon, il me plaît et je ne saurais pas m’en passer. Mitsouko c’est un peu mon histoire dans un flacon. Il a toujours été là, il m'a accompagné dans la vie, confiait-elle.
Ses foulards, ses chemisiers, même sa penderie embaumaient. 

Par dizaines de flacons et des milliers de vaporisations Manon s’est imprégnée de ce parfum. Il palpitait en elle comme une intraveineuse profumum sous sa peau. 
Ses bras auraient parus étrangers sans ce parfum dans son cou.

Mitsouko c'était elle, l'ombre dans notre ombre, une empreinte invisible et si familière qui a collé à jamais des souvenirs à sa présence. 

Et puis un matin d’un jour comme aujourd'hui, Manon a laissé son corps dans cette chambre et s'en est allée partager l'ombre.

On se souviendra toujours d’elle, de ses grands yeux noirs, de sa fougue méditerranéenne et de son parfum si on le recroise avec émotion dans un courant d'air. 


A ma GRAND-mère.

vendredi 19 juin 2015

Portrait of a Lady et The Night - Frédéric Malle

J’ai été récemment en contact très rapproché avec Portrait of a Lady si bien que j’ai eu envie de reprendre un article que j’avais publié fin 2010 à son sujet et de le compléter un peu. Je l’avais aimé dès sa sortie et je constate que 5 ans après son lancement son succès ne fait qu’accroître auprès des amateurs de la belle parfumerie.
Je livre donc une déclaration d’amour à retardement à ce parfum qui ne cesse de me surprendre et de me troubler. Je le porte occasionnellement de peur de m'y habituer mais c'est à chaque fois un plaisir immense de le retrouver et de le sentir flirter avec mes mouvements.
Il est signé Dominique Ropion (compositeur de Very Irresistible, Alien, Armani Code Woman, Trésor in Love, Amarige et bien d'autres). Portrait of a Lady est un boisé floral à fort pouvoir de séduction. Il vient enrichir la très belle gamme des parfums imaginés par Frédéric Malle.

Très complexe et en même temps clair et aéré ce parfum s’ouvre sur une très belle essence de rose fraîche, quelques éclats vifs et métalliques de géranium et d’une pointe de framboise qui servira de liant jusqu’au cœur du parfum. On y perçoit également quelques effets épicés de cannelle et de poivre. 

Ce qui est étonnant avec ce parfum c'est le travail autour de l’essence de rose, on la survole, on l'effleure mais jamais elle ne se livre totalement. En aucun cas elle ne s’affiche rétro, cosmétique ou fleur bleue. Au contraire. Elle est fantasmée. Cette essence de rose, d’origine turque, est un prétexte à un parfum boisé oriental d'un nouveau genre ; un parfum texturé en 3 dimensions : florale, boisée et ambrée. Il se boise d'encens avant un saut magistral dans un cœur de patchouli hyper confortable (le Patchouli Heart est une nouvelle fraction épurant l’essence terreuse et rêche de la plante pour n’en retenir que la quintessence).  Ainsi, ce bouquet de feuilles épuré prend son élan sur un prisme de molécules immatérielles (comme le chaleureux cashmeran qui soulève le patchouli vers un final en muscs blancs puissants et autres molécules ambrées, très diffusive et rémanentes). L’aura que diffuse ce parfum est surréelle. Contrairement à son étiquette Portrait of a Lady n’a rien de franchement féminin, c’est tout là son paradoxe. Mais c’est ce qui fait son charme aussi.

D’un point de vue olfactif, Portrait of a Lady est une secousse magnétique, un véritable choc olfactif qui s’impose dans l’air et qui sait attirer les nez curieux et les compliments. D’un point de vue technique et dans l’utilisation de ces ingrédients Portrait of a Lady est un bijou high-Tech qui réinvente avec brio le sempiternel duo rose-patchouli pour en livrer là un parfum inédit et parfaitement bien équilibré. Apparemment le chaos des overdoses donne ici un résultat remarquable. Enfin, d’un point de vue subjectif, Portrait est un fauteur de troubles.

Imaginez une scène de western où le héros du film (en collier de perles et biscotos) entre dans un saloon bondé. L’ambiance est lourde et l’harmonica souffle sur l’air sec du désert. Tout le monde se fige, les regards se tournent vers les portes battantes et on dévisage l’inconnu(e) dont la silhouette se dessine à contre-jour. Son parfum a déjà envahi la pièce et pour une raison X la tension monte ; une baston va éclater. Accrochez-vous à vos pop-corn. Ca va swinguer.

Vous comprenez alors que je ne m’enivre de ce parfum que lorsque je m’ennuie un peu. Le vaporiser ouvre porte à l’aventure…(qui ne finit pas en castagne, je vous rassure).
 
Photo perso. A gauche The Night, à droite Portrait of a Lady

L’année dernière, le génial duo Frédéric Malle et Dominique Ropion composent un Oud « The Night »* plus vrai que nature. Hé oui, encore un Oud ! Mais pas un sirop « foutage de gueule » ; The Night is THE oud ! 
(On parle d’une formule dosée à 20% en véritable essence d’Oud). Une fois que vous aurez senti ce parfum vous ne verrez plus l’Oud comme avant et vous ne pourrez même plus envisager de porter autre chose. Tout semblera n'être qu'imposture. Si vous êtes du genre aventurier et si vous vivez des relations sado-maso avec les parfums (que vous aimez vous prendre des claques … olfactives, s’entend) attendez-vous à décoller. The Night vous fera voir 36 chandelles. Mais quelles chandelles ! Tout Versailles dans un sniff.
The Night est l’enfant orientalisant de Portrait of a Lady. Il délaisse ainsi ses perles pour basculer dans le côté obscur du fauvisme. Même si sa rose est hérissée, l’animal est dompté et son empreinte est indélébile. Puisque Portrait of a Lady et The Night ont ce lien de parenté évident (rose-patchouli-ambre) je peux vous conseiller de les superposer. Vous vivrez-là la plus insolite des expériences. Attention alors à votre sillage. Personne n’en sortira indemne. Pas même vous.

*(The Night est disponible à Paris dans les corners et les boutiques de la marque, demandez-le ; il n’est pas exposé avec les autres parfums).

mardi 30 septembre 2014

La Vie est Belle - Absolu de Parfum

Détail flacon Lancome
Il y a des tas de choses qui font marcher l’homme mais 3 sont récurrentes dans le monde du parfum : la couleur rose, l’artisanat de bouche (la bouffe) et le sexe. En période de pseudo crise bling bling, on existe dans les excès en tous genres et on trouve refuge dans la bouffe (notez le nombre croissant d’obèses et l’avalanche de notes gustatives déclinées en parfum). 
Sky is the limit! 
Mais, pas de provoc’ chez Lancôme, le discours est safe et hédoniste, il offre un monde idéalisé où le parfum porte un message d’optimisme ; le réconfort d’un doudou parfumé qui nous fait voir la vie en rose (praline).

La consommatrice (cœur de cible Madame Toulemonde, âgée de 18 à 45 ans) veut :
Du rêve, une belle égérie, un beau flacon, un parfum qui sente bon et qui tienne longtemps. En somme, rien de bien sorcier. Mais l’équation est périlleuse. Il faut donner à Mme Toulemonde ce qu’elle attend et plus encore ; il faut la comprendre, la séduire et la surprendre.
Ainsi, son vœu sera exaucé ! Le nouveau Lancôme est un blockbuster, comme le fut Trésor lors de son lancement.

Ma grand-mère (gourmande comme Dame Tartine) le disait : « la vie est plus douce si on la prend coté sucré ». Lancôme a donc mis ce principe en flacon*. Et le message est clair.
En riposte à la violence le monde veut du sweet. Ainsi soit la volonté du peuple.
La Vie est Belle Absolu est toujours construit sur un accord fruité-gourmand et sa friandise traverse la formule, comme un fil d’Ariane, fil qui n’est pas de fibre mais de praline. Dans sa nouvelle version on reprend le schéma du parfum originel (celui de 2012) et on modifie certaines notes du parfum en accentuant et/ou rééquilibrant les dosages. Le résultat est radicalement plus ambré-vanillé et moins sucré. Le départ en cassis-ananas booste l’iris de la version première. Il était timide dans l’EDP, transparent dans l’EDT, le voilà éclatant dans l’Absolu. Il se distingue plus clairement entre une fraction de patchouli et un cashmeran texturé. Une note marine (identique à celle de Coco Mademoiselle) apporte un nouveau souffle de transparence et en même temps contribue à booster la puissance du parfum. Entremêlées de bois souples et molécules ambroxées, apparaissent ensuite une note de lactone noix de coco et la fameuse praline. Elle se caramélise au contact d’une marqueterie de bois synthétiques et plonge allègrement dans ces muscs fruités qui expirent inlassablement les notes du parfum. On y retrouve une similitude avec le déjà regretté Shalimar Parfum initial dans l’accord irisé-gourmand-boisé. 

La Vie est Belle dans sa version Absolu est dosé à 33% (presque autant qu’un extrait Guerlain). Une goutte suffit sinon ce n’est plus une promesse de bonheur que vous chuchotera Lancôme mais un concert de klaxon. Au moins, on ne pourra se plaindre de son manque de volume et de sa tenue. Même une après-midi d’aqua gym n’en viendrait pas à bout.

Puisque l’heure n’est plus aux chypres charpentés, aux orientaux couillus, aux aldéhydés rétro subtils mais aux ouds imposteurs et aux tapenades tutti frutti il faut constater que certains parfums dit gourmands sont plus réussis que d’autres et que succès rime avec praliné (La Vie est Belle, Angel, Lolita, Chanel Chance et La Petite Robe Noire sont des références en la matière).

Niveau subjectivité, La Vie est Belle divise. Mais dans les faits, les chiffres des ventes parlent d’eux-mêmes : le grand public a toujours le dernier mot. Niveau technique et construction olfactive La Vie est Belle est un parfum bien ficelé, efficace et qui allie ingrédients de qualité et assemblage de haute voltige. 
La palette des parfumeurs d’IFF est belle.

La vie est /peut-être belle ; écrivez la vôtre. Avec ou sans parfum. 




*(non, ma grand-mère ne travaille pas pour le marketing chez Lancôme).