vendredi 3 juin 2016

3 Summer fragrances : Guerlain - Tom Ford - D&G

C'est un fait, l'été passe trop vite et l'hiver est interminable (surtout cette année). 9 mois de grisaille pour 3 mois de ciel bleu.
Alors, quand pointe le printemps on se prend déjà à rêver d'évasion, de plages exotiques et de rivages dorés. Certaines marques ont déjà pris les devants et mettent en scène des parfums solaires aux notes chaudes, rondes et cocoon.
Un pschitt de parfum et c'est Bora Bora qui se dévoile autour de vos épaules.

3 parfums ont retenus mon attention; ils présentent des notes ensoleillées et revendiquent de plus en plus des fleurs jaunes qui se mêlent aux pétales suaves et cotonneux des fleurs blanches.
Terracotta Eau de Toilette Guerlain
Terracotta - Guerlain:

Pour les 30 ans de sa gamme Guerlain a mis en flacon le parfum de l'été avec en guest star un jasmin indien, rayonnant et capiteux qui s'accompagne de son ami fidèle : l'ylang ylang. Arrivent ensuite les notes lumineuses et solaires évoquant le sable qui s'assouplit sous les pieds (les salicylates). Enfin l’œillet et une génoise gourmande de noix de coco emmènent le bouquet floral dans une dimension crémeuse, lactée et balsamique.
Une alternative si vous aimiez Ylang Vanille ou encore Tiaré Mimosa de la collection Aqua Allegoria.
Soleil Blanc Eau de Parfum Tom Ford
Soleil Blanc - Tom Ford:
Etonnant parfum dans la gamme du créateur. De ce flacon blanc immaculé comme un calice de gardénia surgit un parfum suave et exotique qui évoque instantanément les caresses d'une crème solaire, genre Hawaïan Tropics. On ferme les yeux et on respire un mirage d’été.
Néroli, épices douces et citrus ouvrent le bal avant un plongeon dans les notes cotonneuses des muscs et des lactones (noix de coco, pêche, monoï, oranger absolu, tubéreuse…). Riche, confortable, facetté et en même temps aéré sans être écœurant. Pas mal !

Velvet Ginestra Eau de Parfum Dolce & Gabbana
Velvet Ginestra  - Dolce & Gabbana.
Direction bassin méditerranéen au mois de mai quand les genêts illuminent les collines de leur éclat jaune vif et de leur parfum oranger.
D&G sait aussi faire des bons parfums (la preuve avec leur gamme exclusive).
Cette nouvelle EDP est une très belle ode aux fleurs jaunes (un peu de mimosa, du néroli, une touche de miel et beaucoup de genêts posés sur une boule de notes salicylées à l’odeur de sable blanc). Je le place dans la même veine que Carnal Flower pour la facette lactée solaire, mais sans la note de tubéreuse ravageuse. Essayez-le, il est très beau. C’est le parfum qu’il faut emmener dans son sac de voyage si vous partez pour Anacapri.
 
Pêle-mêle des parfums solaires : 
- Une Fleur de Cassie par Fréderic Malle, bien plus miellée et animale (un fleur couture et retro en même temps).
- Champs Elysées de Guerlain, le bouquet floral bucolique avec lilas, héliotrope et jacinthe.
- Mimosa pour Moi de l’Artisan, un rayon de soleil, entre gomme, frangipane et flocons de mimosa.
- Songes d’Annick Goutal (Ylang, monoï, santal...) et aussi : l’Eau d’Issey Absolue, Mahora/ Mayotte de Guerlain…

Et dans un univers de soin vous trouverez aussi : Nuxe le parfum prodigieux, le Parfum solaire de Lancaster et le Parfum Divin de Caudalie (tous les trois sont gorgés d’effluves solaires inspirés des vacances et des senteurs typiques des crèmes solaires).
 
Alors je vous souhaite un bel été.

Echappez-vous, parfumez-vous, enivrez-vous, tartinez-vous et cocoonez-vous.

A bientôt.

mardi 3 mai 2016

L’Artisan Parfumeur en 2016

L’Artisan Parfumeur fête ses 40 ans d’existence cette année.

Pour l’occasion la marque s’est offert un relooking intégral et a repensé son image, sa gamme et sa distribution.

En 1976, Jean Laporte crée une parfumerie différente et indépendante. Elle descend dans la rue, délaisse les quartiers feutrés de la capitale pour aller gambader dans les champs, libre comme l’air et les cheveux aux 4 vents. L’idée est de se balader dans les paysages du monde entier, comme un globetrotteur, la vision claire et la marguerite au coin des lèvres.
L'Artisan Parfumeur en 2012 
À cette époque on ne parlait pas de « parfumerie de niche » et la marque jouait avec ses propres visions et laissait vagabonder son imaginaire. Tout était à inventer et personne n’était là pour vous souffler des codes préétablis (du noir et du carré). La parfumerie continuait sa mutation et chacun était libre d’apporter sa pierre à l’édifice. Sans vraiment créer de mode, l’Artisan Parfumeur s’est ainsi forgé une place à part dans le monde varié et inégal de la parfumerie en cultivant son image et en développant son petit royaume, tranquillement.
Les clientes qui venaient chez l’Artisan repartaient avec un parfum mais bien plus encore : une histoire à porter autour d’elle. Place libre à l’imaginaire et carte blanche aux contes parfumés. Les parfums sont sages et simples, des codes couleurs assortis aux thèmes et des évocations de matières et de dépaysement sur chaque emballage. Voleur de Rose, l’Eau des Merveilleuses, La Haie fleurie du Hameau, Méchant loup… 
Autant de noms audacieux et des images à foison. Un peu de Dzing par ci, quelques gourmandises de Vanille par là et surtout beaucoup de Mûre et Musc.

Début 1990, Serge Lutens métamorphose la parfumerie et accouche d’un monde à SON image, avec ses propres codes et une identité à part entière (sans copier personne). Celle-ci est vite devenue l’avant-garde, un exemple à suivre. Sobriété des couleurs, minimalisme des flacons pour ne privilégier que la magie des jus. Ce qui marche pour Lutens ne marche pas forcément pour les autres...


Récemment, Annick Goutal a relooké son image pour l’adapter aux modes du moment (pour la rendre « plus niche » vraisemblablement) et en gommant son petit côté surannée naïf. Le résultat est épuré et sobre, chic et fidèle à l’image de la maison, respectant ainsi l’ADN de la marque, prouvant que l’on peut changer tout en restant la même.
Quand je constate qu’en 2016 on est au bord de l’implosion dans la parfumerie mainstream (rose nunuche et praline pâteuse) et quand je vois que la niche se mord la queue je me demande qui va enclencher le nouvel élan.

Hé bien ça ne sera certainement pas l’Artisan qui vient de faire un bon magistral à côté de ses pompes.

Alors qu’il était le pionner en matière de contes bucoliques, de voyages immobiles et d’odes à la nature le voilà qui se trouve pris à son propre piège, les pieds emmêlés dans l’austérité et incarcéré dans des codes qui se sont imposés comme inévitables dans l’ère de la branchitude absolue (le brun et le carré ou autre combinaison : le rectangle et les 50 nuances de black).
L'Artisan Parfumeur en 2016
Le petit chiwawa qui roupillait dans la niche s’est échappé et a muté en une chimère incontrôlable. Il est désormais impossible de faire rentrer des carrés dans des ronds. Tout est calqué sur le même schéma : anguleux, froid, sombre, mat…et cher.
L’Artisan vient de capituler pour plonger dans le côté obscur de codes qui lui-même, et sans intention, a engendré 40 ans plus tôt. Les nouveaux enfants acteurs de la niche ont poussé papy dans une cuve de cryogénisation et lui ont imposé une nouvelle identité qui ne lui colle pas vraiment à la peau. Dorénavant la niche à ses codes et ses dictats. 

La couleur c’est naze et le noir c’est hype, tout comme la contrebasse qui émet un son délicieux quand l’accordéon est l’apothéose de la beaufitude.

Je ne peux même pas dire que je n’aime pas ces nouveaux designs (ils sont très beaux, sobres et chics). Less is more.
Mais c’est bien ça le hic. Où est L’Artisan là-dedans ? Où est le petit brin de gaieté, le  "y’a d’la joie" qui fredonne, le lyrisme des emballages, les couleurs ??

Imaginez demain Yves Rocher en noir et blanc !

Ôter toute la légèreté et l’allégresse qui caractérisaient la marque pour offrir cette image d’apothicaire, c’est assez déprimant. Si je voulais choisir une gamme dépressive j’irai zoner parmi les machins danois ou suédois, aseptisés comme des blocs chirurgicaux et poétiques comme des cendriers de PMU.

Je sais bien que cette marque ne m’appartient pas et que son sort ne dépend pas de mes élans créatifs. 
Je ne veux pas râler pour le plaisir de râler ni même noircir des lignes pour déverser mon désenchantement, seulement je connais l’Artisan pour avoir été un client fidèle et entiché depuis pas mal de temps, je l’avais inclus dans ma liste des marques qui ont quelque chose à dire et là je trouve que cette nouvelle image balaye un peu trop vite les 40 ans de son histoire.

On dit que du noir jaillit la lumière (tout dépend de l’angle de vue) mais on dit aussi que les français sont les gens les plus déprimés d’Europe. Si la morosité et l’austérité font recette alors je préfère me kamikazer avec Hello Kittie.

Bonsoir tristesse.

mardi 5 avril 2016

L'Homme Idéal - Eau de Parfum - Guerlain

Document Guerlain
Mon premier est un masculin que Guerlain préparait en écho à l’énorme succès de La Petite Robe Noire, un mythe abordé avec humour et qui n’a échappé à personne : l’Homme Idéal (le bien nommé). Moderne, urbain, glucosé-dry et un tantinet canaille.
Mon deuxième en est la version Cologne (2015). Mais mon troisième, qui est l’objet de mon attention et de mon article aussi, est sa version Eau de Parfum (2016).

Il est très courant pour des marques de décliner leur parfum à l’infini. On commence par lancer une eau de parfum. A la saison suivante on l’allège avec une version eau de toilette ou au contraire on la corse avec une eau de parfum intense (extrême, absolue ou élixir ; au choix). Parfois, on fait le cheminement inverse, sans aucun lien logique entre les différents jus. Ou, troisième cas de figure, on y ajoute une variante : eau légère, Cologne florale, eau sensuelle, eau fraîche, aqua, eau Sport, et le plus hilarant : Eau de Cologne l’Eau etc.)

Si vous êtes perdus dans toutes ces références ne cherchez pas les petits cailloux en guise d’indice parce qu’il n’y en aura pas. Les méandres du marketing sont des eaux troubles aussi profondes qu’irrationnelles. C’est tellement mieux de brouiller les pistes. Sinon, c’est pas drôle. Ne demandez pas non plus aux conseillères de vente dans les parfumeries, elles vous regarderont désabusées ; ça fait un bail qu’elles ont lâché l’affaire.
Bref. En ce qui concerne L’Homme Idéal il existe dorénavant en 3 variations sur le même thème (pour que chacun y trouve son bonheur). Une EDT pour le jeune branché, une EDC pour le jeune dynamique et sportif mais qui ne porte pas de jogging et pour l’autre jeune, le grand frère intello et casanier, une EDP.
Le premier (abordé ici) est la version EDT, un parfum boisé aromatique et gourmand, enflammé de bois secs et arrondit de notes suaves (tonka, vanille, rhum, praline).

La version Cologne présente une eau limpide, librement inspirée de la version EDT mais qui s’allège des notes ambrées et gourmandes pour ne privilégier que les notes citriques, amères et éclatantes (pamplemousse, écorces d’orange, une touche de bourgeons de cassis…) plus quelques épices posées sur un fond boisé musqué propret.
La version EDP est une belle surprise et une très belle réussite. La note est chaude et ample et on entre directement dans une dimension orientale. Guerlain a toujours su manier les départs vifs et hespéridés aux fonds suaves et baumés. Cette EDP est un exemple de l’héritage de la maison. La bergamote, le romarin et la lavande préparent le terrain pour que le patchouli et le santal se baignent aisément dans la vanille, le benjoin, la note gomme Play Do d’héliotropine et dans la fève tonka du frère aîné.

D’emblée on devine que ce parfum sera notre compagnon pour l’automne. Cette EDP rassemble des éléments d’autres parfums qu’on a appris à aimer et qui sont devenus familiers ou intimes: un peu d’Opium pour Homme pour les épices, une ombre du labdanum résineux de Bel Ami, le tabac miellé de Volutes de Diptyque, la ganache à la tonka musquée de Chergui par Serge Lutens, et le final en ambre gris animalisé et cuiré de l’Ambre Eternel (2016) de la même marque. 
C’est en quelque sorte la version intense d’Allure Homme qui manque à Chanel.
Son + : fait assez « niche », très qualitatif, pointu et confortable.

Seul petit hic dans ce charmant tableau, on aurait bien aimé que ces jolies notes soient un peu plus tenaces et se diffusent sur la peau jusqu’au bout de la nuit. Dommage. Mais rien d’irréparable : parfumez généreusement l’intérieur de vos vêtements et le parfum se fixera ainsi aux fibres et fera vibrer votre sillage.

mercredi 6 janvier 2016

"Baise-moi" - le nouveau parfum


Avant-propos : L’idée d’un tel sujet n’est pas de faire de la provocation gratuite. Cette idée vient d’un échange farfelu entre parfumeurs et bloggeurs sur le choix du nom d’un prochain parfum féminin qui sera lancé en été 2016. Toutes les options ont été envisagées, même les plus extrêmes, comme suit :

Votre nom c’est votre identité. Son choix est primordial, il faut qu’il reste dans les mémoires. C’est pareil dans tous les domaines. On sait bien qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture mais c’est souvent la première impression qui vous fait faire un pas en avant ou pas. Le choix du nom d’un parfum est aussi important que celui d’un album de musique, d’un roman ou d’un nom qu’on donne à son enfant. 
Baptisez-le Panayotis ou Cyprine et vous saurez pourquoi vous lui payer le psy. Appelez votre parfum « J’aime les fleurs » ou « Pirouette » et vous passerez pour un amateur bien peu inspiré.

Pour certaines avant-gardistes il n’a été qu’un numéro, pour d’autres ce seront des noms de fleurs, de lieu, de couleur, ou de genre. Des noms à tapage ce n’est pas ce qui manque en parfumerie : Scandal de Lanvin, Opium, Poison de Dior, Egoïste, l’Anarchiste de Caron, Putain des Palaces d’ELO, pour ne citer qu’eux.

On a déjà vu des clientes s’offusquer en entendant la conseillère de vente leur proposer « ze bite » de Burberry (cf. The Beat). D’abord c’est le regard hagard de la cliente face de l’accent anglais de la vendeuse. Ensuite, pas sûre d’avoir bien compris le nom elle redemande : Pardon, vous avez dit ? La vendeuse qui ne se rend pas vraiment compte de ce qu’elle est entrain de dire (tellement occupée à savoir si elle va réussir sa vente) répète de plus belle : « Vze Biite ». Il marche très bien, il est frais et sucré, toutes mes collègues l’adorent. (En voilà un argument). La cliente désemparée repartira avec son bon vieux Paloma Picasso et des interrogations sur le fameux « Ze bite ».Revenons à notre parfum de scandale.Considérons comme acquis que le jus sélectionné pour le projet est une énième merveille florale fruitée gourmande et qu’elle a conquis tous les tests consommateurs.

Bref, on a le jus, il reste à trouver le nom.

Brainstorming dans le marketing.

On a Joy, Pleasures, La Lune, Eros, L’Extase. Il nous faut nom qui recentre tout ça. Le nouveau loup du marketing balancera « Baise-Moi » et toute l’équipe trouvera ça formidable. Quelle fraîcheur! C’est décadent, c’est scandaleusement enivrant ! On va faire la nique à Tom Ford et Marc Jacobs réunis. (Le design du flacon dépendra du nom, vous vous en doutez). Mais quelle forme pour un nom pareil ? Quelle couleur ?

Pendant ce temps, quelques bruits circulent sur le net. Les perfumistas et les bloggeurs révèlent l’info et la curiosité laisse place à l’engouement. Le buzz est en train d’éclore.

Septembre 2016, le parfum en question débarque dans les liners de parfumeries triées sur le volet. C’est une onde de choc. Les médias s’emparent du sujet et se gargarisent. CNN détache un envoyé spécial pour enquêter sur le terrain et interviewer les « commanditaires » du parfum. On oublie les réfugiés et les catastrophes climatiques pour parler Q. C’est vendeur. Les gens hurlent, rougissent de stupéfaction, certains s’en fichent et en rigolent; les prudes et les bien-pensants sont choqués. Des manifestations s’organisent; les pros et les contres descendent dans la rue et se pressent devant les parfumeries pour crier leur haine. Les intellectuels s’interrogent et débâtent sur la limite de la créativité. Y-a-t-il encore des gens à choquer? La liberté d’expression est à nouveau dans les lignes de mire. Et ça tire à boulets rouges. Les moralisateurs qui ont déjà rhabillés les covergirls du magazine Playboy appellent au boycott. Madame la ministre de la culture, Annette de la Conche, s’insurge (mais demande à son mari d’aller en catimini lui acheter un flacon…). Elle demande des explications (mais ne prend aucune mesure). On veut punir la marque et les distributeurs.Ainsi de suite.
Comble de contradiction: les stocks sont en rupture et la foule se presse pour remplir les bons de commande.

En attendant, les lumières du marketing qui ne sont pas au bout de leurs ressources nous délecterons de quelques éditions limitées ou autres flankers aux noms fleuris : Baise-moi Intense; La Nuit Baise-moi; Baise-moi Black ; Baise-moi Le Oud…

Vous trouvez tout cela complètement absurde ? Attendez de voir.

Rendez-vous fin 2016.

jeudi 29 octobre 2015

Vrai ou faux?


- Shalimar est un restaurant indien à Londres - VRAI
- Johnny Depp préfère Bleu de Chanel - FAUX
- En parfumerie, l’essence de muguet n'existe pas - VRAI
- L'absolu d'artichaut existe - VRAI
- Les ingrédients du Chanel N°5 sont 100% naturels - FAUX
- Les muscs nitrés sont présents dans la nature* - VRAI
- La calone est issue du suc des huîtres - FAUX
- Le parfum de la dame en noir était "La petite robe noire" - FAUX
- Tous les parfums ont été modifiés depuis ces 20 dernières années - VRAI 
- Louis Vuitton va lancer une collection de bougies parfumées - VRAI

- Le patchouli est un bois - FAUX
- Civette sait faire un bon café – VRAI 
- L’absolu d’iris coûte 2 fois plus cher que l’essence de Oud - VRAI
- L'eau de toilette Terre d'Hermès est aussi concentrée que Terre d'Hermès Parfum - VRAI
- En 2016, Tom Ford va relancer 3 de ses premiers parfums (déjà discontinués) dans une gamme « Private Reserve » - VRAI
- Manger des carottes rend aimable - FAUX
- Guerlain aime les bloggeurs - VRAI
- IFRA interdit l'utilisation des matières animales - FAUX
- Un parfum cher est un bon parfum - FAUX
- Calvin Klein a vendu plus de 20 millions de flacons de CkOne - VRAI


*dans l'organisme des poissons qui flottent sur le Mékong.
Muscs synthétiques interdits puisque cancérogènes, explosifs et toxiques pour l'environnement
et les êtres vivants.

jeudi 15 octobre 2015

Place Vendôme Haute Parfumerie


J’ai toujours abordé sur ces pages le thème des parfums (de toutes sortes et principalement ceux que j’aime), le thème des matières premières et aussi quelques sujets qui me trottaient dans la tête (le rhume pour un parfumeur, le parfum envahissant de ma voisine depizzeria, le musc et les valseuses, etc.)

J’ai traité en autobiographie le sujet de l’accueil en parfumerie (cet effroyable salon de beauté hambourgeois tenue par des rombières asséchées). Mais cette fois je vais vous parler d’une autre boutique, à l’extrême opposé de la précédente. Une parfumerie « out of this world », un écrin luxueux qui tire la haute parfumerie vers le haut et qui redonne à l’univers du parfum sa magie originelle. Cette parfumerie s’appelle Place Vendôme Haute Parfumerie et se situe à Wevelgem en Belgique.

On sait tous que les parfums ne se vendent pas tout seul et que même la plus extravagante des communications ne parvient pas à faire d’un mauvais sirop un succès planétaire. Le Parfum a besoin d’un lieu adéquat et d’un support pour pouvoir s’exprimer en dehors de son flacon. Et ce support c’est la force de vente des vendeurs. Qui n’a jamais été emballé par l’histoire que nous racontent ces ambassadeurs quand ils croient en leur produit ? Qui n’a jamais rêvé aux fables sur les ingrédients exotiques, les coulisses et les anecdotes sur la création du précieux nectar ? Le parfum c’est un tout mais aussi un produit à haute valeur subjective ajoutée. Quand un passionné vous parle de l’objet de son affection il vous embarque immédiatement dans son monde.

C’est un peu cette histoire-là que je vais vous raconter.

Pour ma première visite en Belgique j’ai commencé par le plus extraordinaire des voyages. Me voilà fraîchement débarqué en terre inconnue que l’on m’emmène déjà découvrir expressément un autre monde.

J’avais entendu parler de Place Vendôme, cette petite boutique atypique qui vend des trésors de haute parfumerie au milieu de la pampa (des pièces de collection en cristal, des éditions prestiges et limitées, etc.) Je m’explique : Place Vendôme est située à Wevelgem autant dire, presque au milieu de nulle part (sans offenser les habitants du patelin en question). Place Vendôme n’est pas une enseigne des Champs-Elysées mais son aura brille d’autant de mille feux.
J’entre donc dans ce lieu inattendu. Les devantures m’annoncent déjà que je vais décoller et embarquer pour le nirvana. Chanel et Guerlain en sont les guest stars (en toute fausse objectivité je peux vous dire que je plane déjà…). Je suis Alice et je viens de traverser le miroir. Me voilà en apesanteur dans un autre monde, je flotte dans un Taj Mahal scintillant. 
Notre hôte, David Depuydt et son équipe nous accueille chaleureusement et nous invite à découvrir son écrin.
David est le propriétaire des lieux. Il est un être atypique, un personnage charismatique qui bouscule les codes. Il est le gardien d’un temple où tout est luxe, splendeur et convoitise.

J’étais Alice, je deviens Charlie (dans la chocolaterie). J’ai envie de tout voir, de tout toucher, de tout sentir. David est en quelque sorte le Willy Wonka des lieux, le magicien bien veillant qui vous transmet son rêve et partage généreusement avec nous toutes ses beautés olfactives et visuelles.

J’ai une ébauche de théorie sur le personnage : je pense que David est un extra-terrestre* et qu’il vient d’une planète nommée LUXE. Luxe est une sphère lumineuse qui met en lumière le travail artisanal d’un groupe de créatifs (les parfumeurs, les artisans flaconniers, les concepteurs d’emballages, et les tous ces corps de métier qui gravitent autour de la beauté). Tout est question de savoir faire et de soucis du détail. Luxe n’est pas une planète bling bling où des logos ostentatoires en toc vous balancent leur vulgarité en pleine face. Luxe est une horloge de cristal saupoudrée d’or. C’est une constellation de petites choses bien choisies qui une fois combinées entre-elle vous donne l’impression que vous êtes un élément de cette mécanique.
Le luxe c’est une valeur et pas nécessairement un prix sur une étiquette.
David est *extra parce qu’il est un passionné éclairé de la belle parfumerie et amoureux des marques qu’il représente. Exigeant dans ses produits il fait preuve d’une connaissance infaillible sur l’histoire de ses parfums. Il croit dur comme fer en l’émotion et en la magie du Parfum.

Il a créé cet univers merveilleux et depuis 25 ans le succès ne se démenti pas.

David est *terrestre parce qu’il a le franc parler et les pieds sur terre ; il connait les enjeux et les stratégies des marques mais garde pourtant cette magie dans son discours. Il jongle habilement entre expertise du marché et la féérie des lieux.
Visiter la Parfumerie Place Vendôme est un moment rare et unique. On déambule entre les créations exclusives de Guerlain et les avant-premières de  Chanel. La gamme privée des Heures de Cartier côtoie les fontaines à parfums de Caron, les vintages ressuscités de Patou, quelques marques de niche pointues (Amouage, Parfum d’Empire, etc.) et des cosmétiques premiums.

Quand on repart de la boutique on affiche un sourire béat. Que l’on ait acheté un parfum ou pas on a ce sentiment d’avoir vécu un moment magique. Et rien que pour ça j’ai envie d’y retourner.

Si vous passez dans le coin, je vous invite donc à découvrir cette parfumerie et surtout à rencontrer cette joyeuse équipe de doux rêveurs.

Haute Parfumerie Place Vendôme
Menenstraat 2/A, 8560 Wevelgem en Belgique


mercredi 23 septembre 2015

Les Eaux parfumées au thé de BVLGARI


Souvenez-vous, nous sommes en 1992, presque tous les joailliers ont déjà leur parfum signature et Bvlgari est sur le point de présenter le sien. Ça ne sera pas un féminin baroque mais plutôt une eau mixte en toute légèreté. Bvlgari sera ainsi la première marque à lancer une eau parfumée sur le thème du thé vert avec son Eau Parfumée au thé vert. Une nouvelle vague de transparence s’annonce alors et le paysage olfactif de la parfumerie va connaître un virage radical dans son histoire. Depuis, presque toutes les marques ont suivi la mouvance et ont puisé leur inspiration dans le thé. Thé = fraîcheur, transparence, légèreté, sérénité, “simplicithé”. Tout le monde aime le thé même si on n’en boit pas. Le thé ce n’est pas que de l’eau chaude ; c’est un rite, un lien universel et c’est aussi une idée de propreté qui nettoierait tout le brouhaha du monde. Bref, le thé deviendra ainsi un nouveau concept à fort potentiel créatif et commercial.
L’année suivante, en 1993, le tsunami CK One arrive sur le marché, il reprend cet accord thé autour d’une fragrance et d’un concept de globalité révolutionnaire : un parfum mixte (même si le genre unisexe en parfumerie n’a pas été inventé par Calvin Klein…). Ce sera un carton !
Depuis le thé n’a cessé de fleurir dans chaque marque et 2015 voit cette vague végétale zen revenir (Body Shop, By Killian, Jo Malone, Guerlain, Annick Goutal, etc.)
On trouve également le concept de thé (vert, noir, blanc…)  dans toutes les gammes de soins corporels et dans les produits ménagers (liquide vaisselle au thé, lessives au thé, parfum d’ambiance au thé, etc.)

Cette année Bvlgari remet à l’honneur sa gamme et harmonise ses emballages en proposant aussi 2 nouveautés : Eau parfumée au Thé Bleu et Eau Parfumée au Thé Noir.
La note thé bleue était légitime puisqu’elle vient compléter la gamme qui comprenait déjà la note thé blanc (2003) et thé rouge (2006).
L’Eau Parfumée au Thé Bleu est une eau légère basée sur un accord de thé Oolong. Si vous aimez les parfums à la lavande vous allez sans doute adopter cette nouvelle eau calme. C’est une lavande aérée, végétale, moderne et claire comme un courant d’air. Son départ est frais et subtilement épicé de muscade et on y sent une brassée de lavande qui aurait infusée dans un bain de muscs clairs, de peau de pomme verte et de pétales de roses séchées. Le rendu est limpide et confortable, clean et cotonneux. Je perçois peu la note irisée, comme indiquée dans la pyramide olfactive, mais je distingue plutôt une note ronde et moelleuse de violette (les methylionones), de fève tonka et un vétiver épuré. L’impression de thé est donnée par les agrumes du départ et la transparence des matières de synthèses utilisées pour soutenir la formule.
Ainsi, avec cette collection d’eaux de thé, Bvlgari propose une gamme de parfums légers et aérés tels qu’on aime les sentir lors de weekend à la campagne, loin des lourdeurs urbaines.
La preuve donc qu’il n’y a pas que Prada ou Hermès pour proposer des aquarelles.

Eau Parfumée au Thé Bleu me rappelle un peu la Lavande Velours de Guerlain (lavande, tonka) et Eau de Narcisse Bleu chez Hermès (pour la même trame violette moelleuse et ouverture agreste et verte).
Mon préféré dans la gamme est l’Eau Parfumée au Thé Rouge avec son overdose de cardamome et de baie rose, son bouquet de freesia posé sur un socle de muscs blancs confortables et indélébiles.

La bonne nouvelle c’est que Bvlgari prépare le lancement d’un nouveau grand féminin pour octobre prochain: Goldea.
La mauvaise c’est que la version Eau parfumée au Thé vert Extrême sera discontinuée bientôt.
  

Courez donc sur le stand Bvlgari des Galeries Lafayette à Paris faire vos stocks et rencontrer la délicieuse Isabel qui vous fera découvrir la gamme coordonnée des eaux au thé (soins du corps, lingettes et bougies parfumées) ainsi que la gamme exclusive des eaux de parfums « Le Gemme ».

vendredi 21 août 2015

Mitsouko Print



Manon s’est parfumée avec Mitsouko inlassablement pendant plus de cinquante ans. Offert en cadeau de mariage par son mari, elle ne l’a plus jamais quitté.
Sa bouteille de parfum était un repère, elle n'aurait pas vraiment su dire ce qu'il sentait, juste divinement bon.
Elle en avait toujours une quelque part, dans sa salle de bain, son sac à main, sur sa coiffeuse.
Elle a essayé plusieurs concentrations (eau de toilette, cologne, extrait) et en a gardé tous les flacons. 
Ceux d’extrait c’étaient pour les grandes occasions: les anniversaires de mariage. 
- Il sent bon, il me plaît et je ne saurais pas m’en passer. Mitsouko c’est un peu mon histoire dans un flacon. Il a toujours été là, il m'a accompagné dans la vie, confiait-elle.
Ses foulards, ses chemisiers, même sa penderie embaumaient. 

Par dizaines de flacons et des milliers de vaporisations Manon s’est imprégnée de ce parfum. Il palpitait en elle comme une intraveineuse profumum sous sa peau. 
Ses bras auraient parus étrangers sans ce parfum dans son cou.

Mitsouko c'était elle, l'ombre dans notre ombre, une empreinte invisible et si familière qui a collé à jamais des souvenirs à sa présence. 

Et puis un matin d’un jour comme aujourd'hui, Manon a laissé son corps dans cette chambre et s'en est allée partager l'ombre.

On se souviendra toujours d’elle, de ses grands yeux noirs, de sa fougue méditerranéenne et de son parfum si on le recroise avec émotion dans un courant d'air. 


A ma GRAND-mère.

vendredi 19 juin 2015

Portrait of a Lady et The Night - Frédéric Malle

J’ai été récemment en contact très rapproché avec Portrait of a Lady si bien que j’ai eu envie de reprendre un article que j’avais publié fin 2010 à son sujet et de le compléter un peu. Je l’avais aimé dès sa sortie et je constate que 5 ans après son lancement son succès ne fait qu’accroître auprès des amateurs de la belle parfumerie.
Je livre donc une déclaration d’amour à retardement à ce parfum qui ne cesse de me surprendre et de me troubler. Je le porte occasionnellement de peur de m'y habituer mais c'est à chaque fois un plaisir immense de le retrouver et de le sentir flirter avec mes mouvements.
Il est signé Dominique Ropion (compositeur de Very Irresistible, Alien, Armani Code Woman, Trésor in Love, Amarige et bien d'autres). Portrait of a Lady est un boisé floral à fort pouvoir de séduction. Il vient enrichir la très belle gamme des parfums imaginés par Frédéric Malle.

Très complexe et en même temps clair et aéré ce parfum s’ouvre sur une très belle essence de rose fraîche, quelques éclats vifs et métalliques de géranium et d’une pointe de framboise qui servira de liant jusqu’au cœur du parfum. On y perçoit également quelques effets épicés de cannelle et de poivre. 

Ce qui est étonnant avec ce parfum c'est le travail autour de l’essence de rose, on la survole, on l'effleure mais jamais elle ne se livre totalement. En aucun cas elle ne s’affiche rétro, cosmétique ou fleur bleue. Au contraire. Elle est fantasmée. Cette essence de rose, d’origine turque, est un prétexte à un parfum boisé oriental d'un nouveau genre ; un parfum texturé en 3 dimensions : florale, boisée et ambrée. Il se boise d'encens avant un saut magistral dans un cœur de patchouli hyper confortable (le Patchouli Heart est une nouvelle fraction épurant l’essence terreuse et rêche de la plante pour n’en retenir que la quintessence).  Ainsi, ce bouquet de feuilles épuré prend son élan sur un prisme de molécules immatérielles (comme le chaleureux cashmeran qui soulève le patchouli vers un final en muscs blancs puissants et autres molécules ambrées, très diffusive et rémanentes). L’aura que diffuse ce parfum est surréelle. Contrairement à son étiquette Portrait of a Lady n’a rien de franchement féminin, c’est tout là son paradoxe. Mais c’est ce qui fait son charme aussi.

D’un point de vue olfactif, Portrait of a Lady est une secousse magnétique, un véritable choc olfactif qui s’impose dans l’air et qui sait attirer les nez curieux et les compliments. D’un point de vue technique et dans l’utilisation de ces ingrédients Portrait of a Lady est un bijou high-Tech qui réinvente avec brio le sempiternel duo rose-patchouli pour en livrer là un parfum inédit et parfaitement bien équilibré. Apparemment le chaos des overdoses donne ici un résultat remarquable. Enfin, d’un point de vue subjectif, Portrait est un fauteur de troubles.

Imaginez une scène de western où le héros du film (en collier de perles et biscotos) entre dans un saloon bondé. L’ambiance est lourde et l’harmonica souffle sur l’air sec du désert. Tout le monde se fige, les regards se tournent vers les portes battantes et on dévisage l’inconnu(e) dont la silhouette se dessine à contre-jour. Son parfum a déjà envahi la pièce et pour une raison X la tension monte ; une baston va éclater. Accrochez-vous à vos pop-corn. Ca va swinguer.

Vous comprenez alors que je ne m’enivre de ce parfum que lorsque je m’ennuie un peu. Le vaporiser ouvre porte à l’aventure…(qui ne finit pas en castagne, je vous rassure).
 
Photo perso. A gauche The Night, à droite Portrait of a Lady

L’année dernière, le génial duo Frédéric Malle et Dominique Ropion composent un Oud « The Night »* plus vrai que nature. Hé oui, encore un Oud ! Mais pas un sirop « foutage de gueule » ; The Night is THE oud ! 
(On parle d’une formule dosée à 20% en véritable essence d’Oud). Une fois que vous aurez senti ce parfum vous ne verrez plus l’Oud comme avant et vous ne pourrez même plus envisager de porter autre chose. Tout semblera n'être qu'imposture. Si vous êtes du genre aventurier et si vous vivez des relations sado-maso avec les parfums (que vous aimez vous prendre des claques … olfactives, s’entend) attendez-vous à décoller. The Night vous fera voir 36 chandelles. Mais quelles chandelles ! Tout Versailles dans un sniff.
The Night est l’enfant orientalisant de Portrait of a Lady. Il délaisse ainsi ses perles pour basculer dans le côté obscur du fauvisme. Même si sa rose est hérissée, l’animal est dompté et son empreinte est indélébile. Puisque Portrait of a Lady et The Night ont ce lien de parenté évident (rose-patchouli-ambre) je peux vous conseiller de les superposer. Vous vivrez-là la plus insolite des expériences. Attention alors à votre sillage. Personne n’en sortira indemne. Pas même vous.

*(The Night est disponible à Paris dans les corners et les boutiques de la marque, demandez-le ; il n’est pas exposé avec les autres parfums).

mercredi 1 avril 2015

One Million Black Oud – Exclusivité Mondiale

L’info est encore classée "top secret" mais la marque au bankable One Million (2008) s’apprête à lancer à l’automne prochain une nouvelle version de son parfum emblématique: One Million Black OUD.
Alors que l’équipe Paco Rabanne - PUIG prépare le lancement pour l’Europe de la version Cologne du dit-parfum, c’est le marché moyen oriental qui aura l’exclusivité du Black Oud dès septembre prochain. (Selon les sources il sera vendu en avant-première au Selfridges du Dubaï Mall avant d’arriver sur nos liners en mai 2016).
Black Oud est sans doute un clin d’œil à cette région du globe qui a fait fortune grâce à l’or noir et dans lequel ce parfum sera commercialisé en premier lieu, le flacon et son étui délaisseront leur couleur dorée bling-bling au profit d’un noir mat assurément plus sobre et mystèrieux.
La pyramide olfactive reprendra l’accord bois sec du parfum initial en accentuant les effets cuirés, les notes fruitées seront intensifiées par l’ajout d’un absolu noyau de pruneau Co². Le cœur présentera un duo épicé inédit d’écorces de lingodorus Angustifolia et de graines d’harissa. L’agarwood apparaîtra avec le boisantal, tous deux magnifiés par un absolu d’encens des rois mages et des fractions de cèdre Shawarma. Le final sera intensément musqué et animalisé (on évoque un headspace « vent du désert  sur laine de chameau »).
One Million Black Oud : 50 ml en Parfum intense. 
Le prix est encore indéterminé mais devrait s’aligner sur ceux de L’Absolute Gold
A suivre…
Je serais bien curieux de sentir cette nouveauté, pas vous ?

mardi 17 mars 2015

Après l’Ondée

Du haut de ces 109 ans, Après l’Ondée gambade encore comme dans sa première jeunesse. C'est comme ça que j'aime me l'imaginer. 
Extrait Après l'ondée - Photo perso

(Le parfum abordé ici est la formule originale de 1906 issue de la boîte L’ADN de Guerlain- cette collection de 25 parfums vintages ressuscités pour le plus grand bonheur des passionnés de parfums).

L’ouverture d’Après l’Ondée est en partie basée sur une belle bergamote italienne et brute (que l'on a déjà rencontrée dans Jicky et qui explosera dans Mitsouko et Shalimar), sur un romarin aromatique et un néroli radiant. 

Après l’Ondée ne sent ni vraiment le mimosa, ni vraiment l’œillet, ni même une rose figurative ou un jasmin coquet. Et pourtant, il contient tout ça. Après l’Ondée s’éloigne des schémas classiques des parfums soliflores de l’époque et emprunte une nouvelle piste : celle de l’alliance heureuse des molécules de synthèse et des essences naturelles. (La Fougère Royale d’Houbigant et Jicky en 1889 avaient ouvert la voie de la synthèse avec l’utilisation de coumarine et de vanilline dans leur formule).
Après l’Ondée c’est une formule courte – une trentaine de composants- mais complexe. Ces éléments naturels (huiles, absolus, concrètes) se trouvent suspendus entre des nouveaux corps synthétiques utilisés ici en overdose. Héliotropine, aldéhyde anisique, isoeugénol, musc cétone, octine carbonate de méthyle… Après l’Ondée est dans la gamme de Guerlain le parfum le plus coûteux en prix de revient. L’iris de la formule croque à lui tout seul le budget du parfum. Les bonnes choses ont toujours un prix.

Le bouquet central composé de violettes (les méthylionones et octine carbonate de méthyle – la fameuse violette verte-peau de concombre de Fahrenheit) s’associe à l'acacia (mimosa+ Cassie / acacia) et à des notes fleur d’oranger. Ils enrobent une note friande d’héliotrope. Cette note douce provient d’un assemblage de deux matières (héliotropine + aldéhyde anisique). Ensemble, elles créent un effet de matière qui évoque la gomme Play do.

L’aldéhyde anisique pour la note de tête et l’héliotropine pour celles du fond. En duo, elles apportent une certaine chaleur au parfum, comme un souffle solaire expiré des lourds pétales exotiques d’un datura. Combinée ensuite à la vanille cette même note d’héliotrope dégage une saveur amandée comme une pommade fraîche de frangipane prête à être enfournée. C’est une nouvelle Guerlinade qui se dessine dans ce parfum. Elle me paraît moins friande et sensuelle ici que dans Jicky, Mouchoir de Monsieur ou encore Shalimar. 

Après l’Ondée est aussi parfum glacé-chaleureux. Une dualité qui s’exprime dès les notes aromatiques -anisées et camphrées du départ (légèrement médicinales) et qui ondoient peu à peu vers un cœur floral balsamique suave. Arrive alors, en cœur, un bouquet d’œillet giroflé. Il passe plutôt en sourdine dans le parfum. Sans lui aucun relief ni aucune nuance. Il reste dissimulé en coulisse. Il assure le bon déroulement de la pièce. Il s’éclipse pour laisser place à la vedette du show : l’absolu d’iris qui diffusera son aura jusque dans le final en santal et muscs poudrés soyeux.

Quand les nouveaux matériaux synthétiques sont apparus sur le marché (dans les années 1860-70) leur fabrication en faisait des produits extraordinaires et donc coûteux. Ils étaient bien plus rares que les absolus ou les huiles essentielles. Il était plus « facile » de s’approvisionner en essence de rose turque qu’en muscs nitrés. Imaginons qu’en 1906, la science n’était pas aussi pointue que celle que nous connaissons aujourd’hui. Quand un laboratoire annonçait la découverte d’une nouvelle molécule (avec un profil olfactif inédit et exploitable en parfumerie) c’était une petite révolution et chacun voulait avoir sa molécule exclusive, celle qui ferait grimacer les concurrents. On attendait ça avec frénésie, comme l’arrivée d’un nouveau smartphone; le monde s’émeutait.
C’est tout l’inverse aujourd’hui. Les muscs et les notes florales transparentes immatérielles sont monnaie courante. Ils coulent à flots dans 85% de la production actuelle. On risque plus une pénurie d’absolu de Jasmin Sambac que de galaxolide (musc blanc synthétique).

Après l’Ondée est un géant en papier de soie. Il murmure sotto voce à qui voudra bien se pencher pour écouter sa mélodie et son souffle retro. Respirez et porter Après l’Ondée c’est plonger instantanément dans un paysage d’une autre dimension. On fait un pas au travers d’un miroir et on s’introduit dans un espace de sortilèges dont on ne peut pas s'échapper.
Après l’ondée c’est la période bleue impressionniste de Guerlain. Mitsouko ou l’Heure Bleue seront, à mon sens, plus expressionnistes, davantage fauves (sans parler de Djedi).
Ultra moderne en 1906 pour son profil olfactif Après l’Ondée demeure maintenant d’une touchante fragilité. Aujourd’hui, il est toujours là, on peut le respirer en version EDT et extrait vintage au 68 des Champs Elysées.

Souviens-toi, après l’ondée il y forcément un arc en ciel quelque part.